Le Blogue des thés | Camellia Sinensis

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Un nuage de lait dans votre eau chaude?

26 août 2012

Thé latté

Puristes s’abstenir. Le prochain article se penchera sur l’altération de la précieuse boisson au moyen de son additif le plus célèbre : le lait.

La tradition d’ajouter du lait à son thé n’est pas qu’anglaise. En fait, cette tradition fut pratiquée en Mongolie avant même que le thé ne soit rapporté en Grande-Bretagne. Chez les Mongols, on faisait une infusion de thé lactée et salée afin d’ajouter un apport nutritif à cette boisson. Plus tard, lorsque les Anglais mirent la main sur le thé, ceux-ci commencèrent par le boire nature. La raison et le moment exacts expliquant l’apparition du thé au lait en Angleterre sont inconnus. Par contre, de nombreuses suppositions tentent d’expliquer cette tradition. Parmi celles-ci, une hypothèse raconte que cette tradition serait apparue au moment où davantage de thé vert était consommé en Grande-Bretagne et que cet additif cherchait à masquer l’astringence et l’amertume du thé; de plus, la Grande-Bretagne possédait de vastes troupeaux de vaches laitières, l’abondance de produits laitiers était donc au rendez-vous. Certains encore disent que l’ajout de lait froid ou tiède dans la tasse serait apparu au 17e ou 18e siècle dans le but de protéger la fine porcelaine chinoise du choc thermique de la boisson brûlante évitant ainsi que la tasse ne se fende. Comme quoi ce n’est pas qu’en Asie que l’origine des traditions du thé se perd dans les spéculations et les légendes. Bref, revenons au thé au lait anglais comme nous le connaissons.

Cette pratique, même si elle est plus ancienne, commença à se propager avec force aux environs de 1750. La coutume fut si marquante que peu à peu, les Anglais l’exportèrent dans leurs colonies, tant et si bien qu’aujourd’hui dans les pays producteurs faisant affaire directement avec l’Angleterre, les professionnels du thé testent les mélanges avec du lait avant même de l’exporter sachant que les thés seront vraisemblablement dégustés de cette manière sur les terres britanniques.

Comme toute bonne tradition, celle-ci connaît des variantes qui mène à la création de différentes écoles de pensée et, en conséquence, de débat sans fin. Le plus célèbre à ce sujet est celui mettant en opposition le geste de mettre le lait avant le thé ou l’inverse. En Angleterre, la tradition veut que le lait soit mit en premier, protégeant ainsi la porcelaine du choc thermique et empêchant la matière grasse du lait d’être ébouillantée et de générer ainsi un mauvais goût. Les tenants du clan adverse rétorqueront que le mélange du lait et du thé se fait mieux lorsque l’on verse le lait après le thé et que le nuage ainsi formé est bien plus joli. Le débat fait rage, mais le but n’est pas ici de prendre position, mais plutôt d’exposer les deux partis afin que lorsque le choix se présentera, vous puissiez prendre une décision éclairée!

Un bon exemple de responsabilité

6 août 2012

M. Rai

Le thé que nous buvons avec délectation est le produit d’un immense travail nécessitant la participation de plusieurs acteurs. De la cueilleuse au vendeur de thé en passant par le transformateur, il est intéressant de s’attarder aux créateurs de notre boisson favorite. La première escale mettra en scène un des métiers de l’industrie du thé indienne nécessitant beaucoup de sang froid, d’ingéniosité ainsi qu’un talent pour la persuasion. Présentation du rôle d’un gérant de jardin en Inde.

Ce n’est pas une mince tâche que de s’assurer du bon fonctionnement d’une plantation. Celles-ci étant généralement de grande superficie, elles comptent souvent plusieurs milliers d’employés qui se fient au savoir-faire de cet individu ayant été choisi pour veiller à leur bien-être. Il faut savoir qu’une plantation de thé de cette envergure n’est pas un simple lieu de travail et s’apparente bien souvent à un village. Elle possède donc toutes les installations nécessaires à une existence humaine moyenne : habitations, cliniques, écoles et cafétérias. Bien évidement, le bon fonctionnement de toute cette infrastructure repose sur les épaules (plutôt solides) du gérant. On peut presque voir en lui l’équivalent d’un maire de village. Ceci n’est que le début des fonctions de ces hommes hors pair.

Viennent ensuite les considérations agricoles. Le gérant est aussi celui qui doit assurer que la récolte se déroule sans anicroche. C’est pour cette raison que les gérants les plus prisés sont ceux qui ont reçu une éducation supérieure en agronomie. Par contre, ce cursus n’est pas le seul pouvant mener à la gérance d’un jardin de thé. Certains sont des hommes de la région ayant offert de bons et loyaux services sur la plantation de nombreuses années durant, tant et si bien que ceux-ci deviendront apprenti auprès d’un homme d’expérience, puis gérant. Revenons aux considérations de productions. L’horaire quotidien d’un gérant est loin d’être une sinécure, il doit veiller à ce que le jardin de thé soit productif et en santé, garder un œil (et le bon) sur les paramètres de transformation des feuilles et prendre de délicates décisions à long terme par rapport à l’aménagement du jardin.

Le plus difficile avec les décisions à long terme est le caractère nomade de la vie d’un gérant de plantation. N’étant pas propriétaire du jardin, le gérant possède un contrat de travail qui, inévitablement, prendra fin à un moment où à un autre et il passera alors le flambeau à un camarade qui pourra ou bien s’arracher les cheveux en raison des décisions désastreuses de son prédécesseur, ou alors récolter l’abondance générée par une gestion avisée. La durée moyenne de ce type de contrat est de cinq ans.

Le dernier point à aborder concerne l’épée de Damoclès suspendue au dessus de la tête de chaque gérant de plantation. C’est à ce point précis que la capacité de persuasion de ces hommes est mise de l’avant lors de joutes oratoires (et d’influence) avec les grands syndicats des travailleurs du thé. Possédant une grande autorité au sein des jardins, les syndicats s’assurent que les conditions de vie des employés sont respectées soigneusement. Un seul écart et le travail sur le jardin peut se voir entièrement paralysé et ce, jusqu’à ce qu’un accord juste et équitable soit signé. La diplomatie est donc une qualité fortement prisée, voire essentielle, chez ces dirigeants.

Ceci n’était qu’une brève ouverture sur les personnes qui se cachent derrière les lots de feuilles qui font notre bonheur. Des chroniques telles que celle-ci vous feront progressivement découvrir les métiers et les humains qui se cachent derrière vos thés.

 
 

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