Blogue du dégustateur de thé  | Camellia Sinensis Le Blogue des thés | Camellia Sinensis

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Tea Studio : c’est un départ !

28 mars 2018

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Depuis 20 ans, notre équipe de passionnés parcoure l’Asie en recherche des meilleurs crus de thés et objets à vous offrir. Notre curiosité et notre soif de connaissances nous ont poussé à ouvrir nos boutiques et salon, à publier divers ouvrages, à lancer notre École de thé et à créer le premier bar à chai du Québec. C’est avec la même passion pour le thé que nous travaillons un projet secret depuis plus de deux ans, une toute nouvelle expérimentation dans l’industrie : le Tea Studio.

L’équipe a fait preuve de patience et de résolution, alors que sont survenus des montagnes de paperasse et des mers d’embûches au niveau de la politique locale en Inde. Le projet voit enfin le jour, et nous sommes très fiers de vous l’annoncer!

Qu’est-ce que le Tea Studio?

Le Tea Studio est un brillant exemple d’une nouvelle approche artisanale de la manufacture de thé de qualité supérieure. Il s’appuie sur de nombreux éléments innovants de conception, de technologie, de responsabilité environnementale et sociale.

Le projet réunit des experts du thé de 3 continents. Cette micro-unité expérimentale vise une approche avant-gardiste de la fabrication du thé. Conçu pour répondre au marché en pleine expansion du thé de style «boutique» avec une grande diversité de thés «faits sur mesure».

Où se trouve-t-il?

Le Tea Studio est situé dans la région indienne de Nilgiri, qui offre une excellente source de thé de type clonal et classique, cultivé sur des graines de Camellia Sinensis var.sinensis et de Camellia Sinensis var.assamica.

Qu’est-ce qui le distingue?

Avec la culture du thé chinoise qui s’étend sur près de 5000 ans, les Chinois sont incontestablement les maîtres des thés transformés à la main. Ces dernières années, l’augmentation des volumes de production rend difficile et onéreux de rouler le thé à la main. Conséquemment, toute une gamme de petites machines très spécialisées a été développée pour imiter la manipulation de différents styles de thés.

Pour le Tea Studio, l’équipe a sélectionné 28 de ces machines chinoises, qui offrent 5 différents styles de feuilles. Lorsque nous ajoutons à ces 5 styles de feuilles tous les niveaux d’oxydation, les possibilités sont très variées. Nul besoin de dire que pour notre équipe, cela crée un beau terrain de jeu!

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Qui y travaille?

La main-d’œuvre dans l’atelier est principalement constitué d’un groupe de femmes qui ont grandi dans les villages voisins, ce qui est peu commun :

Vaideghi Kannan, 33 ans, est notre productrice de thé et supervise : Chitra, 28 ans, dont le mari travaille de nuit pour l’entreprise, Pavitra, 21 ans, qui a récemment terminé sa formation comme professeur, et Kalpana, 22 ans, titulaire d’un baccalauréat.

Découvrez les premières récoltes :

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Dégustation : First Flush et le jeux des mots

23 mars 2018

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En tant qu’adepte et passionné de thé, Sébastien aime bien connaître nos produits en profondeur.

Notre promotion sur les Darjeeling First Flush lui a offert le prétexte parfait pour organiser une dégustation comparative afin de les goûter à nouveau pour en apprendre davantage sur leurs nuances et apprécier leur évolution au fil du temps.

Il a préparé les thés en les pesant à 2,5g et en infusant 3 minutes avec une eau à 95°C.

Ensuite, il ne reste plus qu’à sentir les feuilles et leurs différences visuelles et aromatiques pour commencer l’exercice de comparaison.

Goûter les liqueurs permet de juger les textures, forces en bouche, équilibres des saveurs et parfums additionnels.

Le jeu qu’il propose parfois à ses collègues pour différencier des thés d’un même style, présentant un profil gustatif similaire, est d’associer un mot à un thé, en considérant qu’aucun autre ne pourra le porter. Cela offre donc la possibilité de mémoriser lequel est le plus doux ou floral… On peut pousser l’exercice avec 2-3 mots ou plus selon notre inspiration et ce que les thés ont à nous raconter.

Par exemple pour les 7 Darjeeling First Flush sur la table, tous au caractère végétal et fruité, voici ce que ça donne :

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1 – Thurbo DJ-16 : Souple, lavande, pêche, léger, sucré.

2 – Muscatel DJ-1 : Muscat, mordant, calcaire, zesté.

3 – Singell DJ-19 : Fleur blanche, herbe fraîche (persil, basilic), éclatant, bien structuré.

4 – Oaks DJ-2 : Classique, boisé, doux, ambré, saponin.

5 – Sungma DJ-8 : Malté, noix, jeune Pu Er Sheng.

6 – Castleton DJ-1 : Corsé, latex, agrumes, feu de bois.

7 – Jungpana DJ-3 : Équilibré, épicé, salin, cerise, écorce.

On peut aussi se servir d’images, de souvenirs, de formes ou de couleurs pour décrire nos impressions. Celles qui nous apparaissent en premier sont souvent très pertinentes et j’aime bien tenter de me censurer le moins possible. L’important est de garder un souvenir vivant de nos perceptions. Le Sungma lui a d’ailleurs fait penser à un jeune Pu Er sheng !

Tous encore très bons et bien stimulants, dans leur verdeur et leur dynamisme. Bon printemps… et profitez de ceux-ci en attendant la relève dans quelques semaines.

Les tendances dans l’industrie du thé en 2018

22 mars 2018

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Voici quelques tendances à suivre (et à déguster!) de très près cette année dans l’industrie du thé.

Matcha

Une tendance en croissance depuis plusieurs années, et qui persistera sans aucun doute pour un bon moment! Que ce soit sous sa forme traditionnelle (fouetté dans un bol pour la dégustation), ou intégré en cuisine sous forme de latte (chaud ou glacé) ou incorporé aux pâtisseries, le matcha est partout.

Tisanes

Alors que de plus en plus de gens sont à la recherche de produits sans caféine ou de produits locaux, les tisanes deviennent un choix sensé et délicieux. Comme pour nos thés, nous procédons à une démarche de dégustation dans le but de dénicher différents mélanges de plantes aux arômes et aux saveurs harmonieuses. Toutefois, contrairement au thé, nos sélections peuvent s’effectuer ici-même, avec des producteurs et herboristes canadiens. Provenant, pour la grande majorité, des plus beaux coins de notre belle province, les mélanges contiennent des plantes entières récoltées à la main et séchées de façon traditionnelle, conservant ainsi toutes leurs huiles aromatiques et leurs bienfaits. Une belle manière de consommer local!

Kombucha

Si vous n’avez pas entendu le mot “kombucha” dans la dernière année, vous étiez certainement dans un coin reculé de la planète ;)

Originaire de l’Asie, le Kombucha date de plus de 2000 ans – ce n’est que récemment que sa popularité s’est vue croître en Occident. Ce breuvage constitué de thé fermenté est une excellente alternative aux boissons alcoolisées. D’ailleurs, nous offrons maintenant plusieurs saveurs de Lao Kombucha (faits avec nos thés!) en fût ou en bouteille à la boutique sur Émery et celle de Québec!

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Accords gourmands & cocktails

Consommé seul, le thé est un délice simple et pur. La gastronomie lui accorde aujourd’hui les mêmes avantages que le vin. En plus des accords classiques avec le chocolat ou les desserts en général, il y a les plus novateurs, comme avec le scotch, le fromage ou les huîtres. De plus en plus, il devient un ingrédient de choix pour les amateurs de mixologie.

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Bonne découverte!

Dossier Pu Er : théiers à louer! (Partie 8)

21 mars 2018

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Dossier Pu Er
Avant même la sortie de notre livre sur le thé vert en 2012, nous avions débuté l’écriture d’un troisième livre sur les thés Pu Er. Comme le projet s’est transformé, nous sommes heureux de vous présenter le fruit de nos recherches sur le Pu Er sous la forme d’articles de blogue en plusieurs parties. 

Dans les montagnes isolées du sud de la Chine, en pleine forêt ou sur une terre cultivée, certains théiers ont évolué dans des conditions climatiques et géographiques avantageuses. Pendant plusieurs centaines d’années, à l’abri du vent, face au soleil, enracinés dans un sol riche ou près d’une source d’eau, ils ont traversé les saisons jusqu’à ce qu’ils atteignent leur plein potentiel de maturité.

Avec des racines profondément ancrées dans le sol, les vieux théiers s’abreuvent de minéraux – que les théiers plus jeunes ne peuvent puiser – qui influencent les qualités organoleptiques de ses feuilles. Un avantage qui attire l’attention de nombreux amateurs et investisseurs qui veulent en réserver la production.

Les paysans, qui ont sur leur terrain un de ces spécimens, peuvent profiter de cet engouement en réservant les récoltes d’un théier à un acheteur. En « louant » un théier, les acheteurs peuvent donc s’assurer que l’intégralité des récoltes faites sur le ou les arbres en question leur soit réservée. Cette location peut prendre différente forme, il peut s’agir d’un contrat ouvert, annuel, ou pour une récolte unique.

Considérant la valeur de ces feuilles, des paysans pourraient être tentés « d’allonger » les récoltes avec d’autres, ce qui pourrait entraîner une dévalorisation du produit. C’est pourquoi on envoie parfois des gens sur les lieux de cueillette afin de superviser la production.

LIRE LA PARTIE 7

Voyages 2018 : les plans de nos dégustateurs

20 mars 2018

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Dès la fin du mois de mars, les quatre experts dégustateurs du Camellia Sinensis partiront sillonner les terroirs d’Asie afin de rapporter les meilleurs crus de thés, rencontrer nos précieux producteurs et mettre en place de nouveaux projets.
Kevin Gascoyne
C’est du 28 mars au 14 mai que Kevin quittera pour l’Inde, le Népal et le Sri Lanka. Kevin débutera son voyage annuel à Calcutta, avant de se diriger vers les Himalayas, puis à Darjeeling, afin de dénicher les meilleurs lots First Flush l’année. Il visitera également l’un de ses jardins favoris, celui du Jun Chiyabari, au Népal, puis ira à la rencontre du producteur du thé de base pour notre populaire Earl Grey, Puttajhora, avant de se rendre dans le sud de l’Inde pour visiter notre nouveau projet, le Tea Studio (détails à venir!). Il terminera son voyage annuel au Sri Lanka pour visiter quelques producteurs. Cette année, Kevin sera accompagné de François-Napoléon, assistant-gérant de la boutique du Quartier Latin. Saura-t-il garder la vitesse de Kevin, qui entame son 25e voyage en Inde? C’est à suivre!
François Marchand
Du 8 au 26 avril, c’est accompagné d’une invitée bien spéciale que François partira sillonner la Chine cette année : Leika, sa fille de 11 ans. Si de son côté François se mérite sans aucun doute le titre de “père de l’année” (!), il en profitera pour aller remettre un certificat d’excellence à l’un de ses producteurs préférés, M. Ye, qui produit le Tai Ping Hou Kui. Il se rendra aussi chez Mme Zhang, l’une de nos potières chouchous depuis 4 ans, avec qui il discutera glaçures et nouveaux objets. François et Leika nous promettent plusieurs capsules et reportages, afin de nous partager plusieurs découvertes.
Jasmin Desharnais
Du 9 au 30 avril, dans le cadre de son 16e printemps sur la route du thé en Chine, Jasmin a choisi un itinéraire diversifié au niveau des régions visitées. Il débutera son périple annuel en explorant les accessoires dans le nord du pays, plus précisément pour les objets de verre. Son séjour se poursuivra dans l’est, à la recherche des meilleurs crus de thés verts, blancs et noirs. Il finira dans le centre ouest de la Chine dans la province du Guizhou où il donnera une conférence à l’université du thé du Guizhou.
Hugo Americi
Pour son 10e périple à Taiwan, Hugo a choisi d’emmener Manuel, gérant du salon de thé de Montréal du 3 au 19 mai. Il aura donc le plaisir de découvrir l’île pour la première fois, et d’accompagner Hugo lors des rencontres avec les divers producteurs. Ils se rendront par la suite en Corée du Sud pour la toute première fois. Si nous avons reçu plusieurs échantillons de thé au fil des ans, c’est un pays qui demeure un mystère pour nous. Est-ce que les thés en valent la peine? C’est ce qu’ils iront découvrir!

Dossier Puer : feuilles et théiers (Partie 7)

15 mars 2018

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Dossier Pu Er
Avant même la sortie de notre livre sur le thé vert en 2012, nous avions débuté l’écriture d’un troisième livre sur les thés Pu Er. Comme le projet s’est transformé, nous sommes heureux de vous présenter le fruit de nos recherches sur le Pu Er sous la forme d’articles de blogue en plusieurs parties. 

La première apparition d’un camellia sinensis, le théier, dans le règne végétal a longtemps été discutée par les biologistes. Étant donné qu’on retrouve à l’état naturel deux variétés principales de théier, le camellia sinensis var. sinensis et le camellia sinensis var. assamica, les premières hypothèses avançaient une probable origine double. Or, de récentes recherches botaniques démontrent aujourd’hui qu’avant de se multiplier et d’offrir de nombreuses variétés, il y a bel et bien eu une variété originelle et celle-ci aurait évolué dans le sud de la Chine, dans les forêts primitives de l’actuelle province du Yunnan. Dans cette région fertile et luxuriante, le long du fleuve Lancang (Mékong) plus précisément, ont été recensés les plus vieux théiers découverts à ce jour. Ils appartiennent tous à la variété assamica, aussi nommée Da Ye.

Le Da Ye

Avec la découverte de vieux spécimens appartenant à la variété Da Ye, on reconnaît aujourd’hui que cette variété est l’une des premières à avoir été cultivée. On la retrouve essentiellement dans la province du Yunnan, où plus d’une vingtaine de districts en font la culture pour produire spécifiquement du thé Pu Er. En suivant son parcours évolutif sur plusieurs centaines d’années, cette variété a connu une migration, principalement du centre vers la côte est de la Chine, mais aussi vers l’ouest, car elle a aussi été découverte dans la région d’Assam, au nord de l’Inde. De cette migration sont nées de nouvelles variétés, comme la sinensis ou la cambodiensis. Le Da Ye se distingue par ses grandes feuilles épaisses. Celles-ci possèdent un caractère rustique qui offre des thés charpentés assez fort en tannins. Traditionnellement utilisée pour la production de thé Pu Er, cette variété possède certains avantages sur la variété sinensis, l’autre principale variété de théier. Ces larges feuilles ont une teneur en polyphénols de 5 à 7% plus haute, une teneur en catéchines de 30 à 60% plus forte, et de 3 à 5% de plus de substances hydrosolubles.

Le Xiao Ye

Dans certaines zones, telles Yiban, il se produit également du Pu Er avec une variété « à petites feuilles », le Xiao Ye, mais son utilisation est moins fréquente.

La culture du théier comporte d’innombrables subtilités qui font varier les arômes et saveurs du thé. Pour la production de thés vieillis, cette diversité est d’autant plus remarquable qu’elle fait intervenir des arbres parfois plusieurs fois centenaires, sauvages ou de culture.

Ye Sheng (Théier sauvage)

Un Ye Sheng est un théier qui n’a pas été planté par l’homme et qui s’est développé sans son aide. Ce sont généralement des groupes ethniques, comme les Bulang ou les Hani, qui s’occupent de sa récolte. Les véritables Ye Sheng, ou théiers sauvages, sont donc assez rares et, par conséquent, très peu de Pu Er sont produit à partir de leurs feuilles. La hauteur de ces théiers géants ne facilite pas les choses en rendant la cueillette difficile et dangereuse. Pour avoir accès aux feuilles, les paysans doivent y grimper et risquer des chutes malencontreuses. Pendant longtemps, en raison de rendements faibles et d’une cueillette pénible, les paysans n’y ont pas vu de véritables bénéfices. Maintenant que la demande est forte et que les prix pour ces précieuses feuilles connaissent une augmentation sans précédent, le goût unique des théiers sauvages est de plus en plus recherché.

Lao Cha Shu (Vieux théiers)

Les feuilles servant à la production de Pu Er proviennent généralement de jardins plantés et exploités par l’homme. Ceux nommés Lao Cha Shu, ou vieux théiers, ont habituellement plus d’une centaine d’années. Ce sont, pour la plupart, des théiers de culture plantés vers la fin de la dynastie Qing (1644-1912), laissés à eux-mêmes pendant plusieurs années, n’ayant bénéficier d’aucune taille ou entretien. L’intérêt nouveau pour leurs feuilles a encouragé la relance de leur exploitation. Dans les vieilles plantations, situées généralement entre 1200 m et 2000 m d’altitude, tout près des villages, on sent s’opérer une certaine magie. Les zones de culture sont plutôt clairsemées, plusieurs mètres séparent chaque arbre. Ceux-ci, grands et tortueux, à l’écorce blanchâtre, semblent avoir chacun leur personnalité. L’impression qu’ils nous donnent est celle d’un retour à une plantation originelle. Pour la production de Pu Er, la maturité des arbres est un avantage. Leurs profondes racines leur permettent de puiser dans le sol des minéraux qui vont changer la composition des feuilles de thé. L’astringence s’en trouve accrue et c’est une bonne chose pour ce genre de thé qui, après vieillissement, aura besoin de caractère pour structurer la liqueur.

Gu shu (Gros théiers)

Favorisés par un climat tempéré, humide, un sol riche, les Gu Shu ont profité de conditions exceptionnelles pour croître rapidement. Ils ne sont pas nécessairement plus âgés que des Lao Cha Shu, mais assurément plus gros.

Sen dai (Théiers plantés, mais sans entretien)

On nomme Sen dai un théier, souvent jeune, appartenant à une plantation laissée au naturel pendant plusieurs années et dans laquelle est pratiquée la replantation entre les théiers.

LIRE LA PARTIE 7 // LIRE LA PARTIE 8

Dossier Pu Er : Xishuangbanna (Partie 6)

2 mars 2018

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Dossier Pu Er
Avant même la sortie de notre livre sur le thé vert en 2012, nous avions débuté l’écriture d’un troisième livre sur les thés Pu Er. Comme le projet s’est transformé, nous sommes heureux de vous présenter le fruit de nos recherches sur le Pu Er sous la forme d’articles de blogue en plusieurs parties. 

La terre d’accueil du théier, imprégnée d’importantes chaines de montagnes et traversée par de grands fleuves, dont le Nu Jiang (Salouen) et le Lancang (Mékong), tirant chacun leur source de l’imposant plateau Qinghai-Tibet au nord, porte aujourd’hui le nom de Yunnan, le « pays au sud des nuages ». Ce territoire spectaculaire au relief escarpé, avec ses sommets enneigés et ses jungles tropicales, a offert au théier une diversité climatique favorable à sa croissance en plus de lui fournir un sol particulièrement riche.

Lorsque Lu Yu, auteur du célèbre Classique du thé, écrit : « le thé pousse sur un arbre magnifique du sud de la Chine », il ne mentionne pas spécifiquement la province du Yunnan. Celle-ci, malgré son climat subtropical idéal, ses pluies abondantes et ses températures stables, a longtemps été ignorées de l’histoire du thé en Chine. Pourtant, selon d’anciens documents, le thé y aurait une histoire plus que deux fois millénaires. Les Pu, ancêtres des Bulang, y aurait débuté la culture 1500 ans environ avant que Lu Yu n’écrive le premier livre consacré au thé. Aujourd’hui, avec ses régions montagneuses, ses forêts tropicales, ses terres fertiles, la province du Yunnan est le trésor de la Chine pour le développement de l’industrie du thé Pu Er. Avec la multitude des thés qu’on y retrouve, l’univers du Pu Er appartient à ces montagnes célèbres, telles Yiwu, Lao Ban Zang, Bingdao, où d’anciennes plantations continuent d’offrir des cueillettes recherchées. De ces terres originelles, Xishuangbanna, Lincang et Pu Er sont les trois préfectures les plus renommées.

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À l’extrême sud de la province, la préfecture de Xishuangbanna touche aux frontières du Laos et de la Birmanie. Sur ses 20 000 kilomètres carré, entre hautes montagnes et profondes vallées, plus d’une dizaine de minorités ethniques, dont les Dai, Hani, Bulang, Jinuo, forment une population de plus de 800 000 habitants. La plupart des régions productrices de thé du Xishuangbanna sont situées à des altitudes idéales pour la culture du théier, soit entre 800 et 2000 mètres. À cette altitude, les théiers peuvent bénéficier des forts rayons du soleil du midi, tout en goûtant la fraîche rosée du matin. Les étés chauds, une humidité relative qui environne les 70%, les hivers doux, sans gel, sont aussi favorables à une longue croissance annuelle des théiers, permettant d’étaler la période de cueillette sur 8 à 9 mois. L’importante saison des pluies, pendant laquelle tombe près de 85% de l’accumulation annuelle, soit entre 1000 et 2000 mm, fournit suffisamment d’eau pour abreuver les plantations toute l’année. Entre les matins brumeux et les hivers humides, 2000 heures d’ensoleillement offrent de belles conditions aux théiers.

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Les montagnes célèbres du Xishuangbanna

La célébrité des montagnes du Xishuangbanna remonte à la dynastie Qing (1644-1912) alors que certains de ses thés furent nommés « thés impériaux ». Cette appellation, en plus de forcer l’amélioration du système routier reliant cette préfecture à Beijing, a grandement favorisé l’économie locale, permettant l’essor d’une multitude de producteurs et de professions reliées au thé. Selon d’anciens registres chinois datant de la dynastie Qing, sur les 400 km2 appartenant à cette région reculée, plus de 100 000 travailleurs étaient engagés dans cette industrie. Sur ce territoire, six montagnes ont été désignées comme celles appartenant à la plus importante zone de production de Pu Er du Yunnan : Youle, Gedeng, Yibang, Mangzhi, Manzhuan et Mansa (réf. Chan Kam Pong). À cette époque, le thé provenant de ces montagnes a la réputation d’avoir un goût exceptionnel et la propriété d’être un élixir de vie. Mais plus que pour leur goût, le choix de ces montagnes serait dû à leur plus grande accessibilité. Car celles situées de l’autre côté du grand fleuve Lancang : Bada, Bulang, Hekai, Mensong, Nannuo, beaucoup plus difficiles d’accès à l’époque, auraient d’ailleurs été écartées pour cette raison.

 Yiwu (Mansa)

Très populaire chez les collectionneurs, la région de Yiwu englobe les cantons de Mansa, Mahei, Yitian et Manluo. Son histoire appartient aux premiers âges du thé, les Bulang ont été les premiers à y cultiver le théier. À la fin de la dynastie Qing, un grand nombre de marchands de l’ethnie Han arrive à Yiwu pour y fonder des entreprises reliées au commerce du thé. Ils y établissent notamment un centre de collecte pour les six fameuses montagnes. La production annuelle est aujourd’hui estimée à 600 tonnes. Yiwu est l’un des rares terroirs où les familles et les entreprises cultivent et compressent leurs thés.
Nannuo

Très importante source d’approvisionnement pour la région, la zone de production de Nannuo comprend environ 7 km2 de vieux jardins. Certains ont vu le jour pendant la dynastie Tang (618-920). Lors des années 1920, le gouvernement de la République populaire de Chine y a établi un premier terrain d’expérimentation pour l’industrie du thé du Yunnan. En raison de son accessibilité, c’est l’une des montagnes les plus visitées.

Youle

Première terre d’accueil de l’ethnie Jinuo, Youle appartient aujourd’hui à un canton de Jinghong. Connue comme l’une des six fameuses montagnes, elle est au centre de cette vaste région de production de thé. Avec ses quelques 3 km2, sa production environne les 200 tonnes par année.
Yibang

Considéré comme le meilleur de Yibang, le thé du village de Mansong a déjà été offert comme tribut à l’empereur. On y trouve une majorité de vieux théiers et c’est l’un des rares terroirs à utiliser de vieux théiers de la variété Xiao Ye pour sa production.

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Les premières cultures de thé de la région y sont apparues.
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Elle fait partie de la zone de culture de Yiwu, aux bordures de la frontière du Laos, à l’Est complétement du comté de Mengla.
Gedeng

Reliée à Jinuo et à Youle, Gedeng forme une ligne de montagnes productrices de thé. Les vieilles zones de production ne sont pas énormes, quelques 500 m2. Le quartier des thés est localisé aux pieds de la montagne Kongming.
Mangzhi

Entourée, de Yibang, Manzhuang et Gedeng, la zone de culture de Mangzhi consacrée au thé n’est pas grande. Longtemps laissée à l’abandon, c’est au début des années 1980 qu’on y recommence la culture du théier. La production est aujourd’hui en croissance.
Lao Banzhang
« Banzhang est roi, Yiwu est reine! » Voilà comment parlent les habitants du Xishuangbanna lorsqu’il est question des montagnes préférées des amateurs de Pu Er. Selon certains, l’amertume des thés de Banzhang, plus relevée à la première gorgée, se dissout graduellement et ses arômes subtils tapissent tout le palais avant de tourner doucement dans la gorge. Situé à une altitude d’environ 1800 mètres, Banzhang est un village reculé. Malgré ses quelques 60 kilomètres qui le séparent de la ville de Menghai, le village est longtemps resté inaccessible en raison de la seule route en terre, pratiquement impraticable, menant au village. Dans le dialecte Dai, Banzhang signifie : « là où flotte le doux parfum de fleurs d’osmanthe ». Bercé par ces délicats arômes, deux villages, Xin Banzhang et Lao Banzhang, divisent ce terroir renommé.

Lao Man Er

Avec plus de 900 ans d’histoire, plus de 2000 m2 de jardins d’anciens théiers préservés et environ 500 m2 de nouveaux jardins, Lao Man Er, comme Banzhang, appartient à la région montagneuse de Bulang.
Hekai

Vaste région productrice avec 5000 m2 d’anciens jardins produisant approximativement 250 tonnes de thé de qualité chaque année, Hekai est l’une des régions productrices les mieux préservés du Xishuangbanna, un environnement harmonieux, où « la forêt contient du thé et où le thé contient la forêt ».
Bada

À la frontière de la Birmanie, la montagne Bada appartient à un territoire essentiellement montagneux, dont les pics atteignent 2200 mètres. On y trouve l’une des plus grandes anciennes forêts du Xishuangbanna et le plus gros des théiers sauvages découvert jusqu’à ce jour (34 mètres de haut, 3.8 m de circonférence). Les anciens jardins sont concentrés près du village de Manmai et occupe environ 1000 m2. La récolte se fait 10 mois par année, malgré l’épais brouillard qui recouvre Bada entre avril et octobre. Pendant les années 1980, une plantation de thé de 6000 m2 a été faite par la Menghai Tea Factory.
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Les ethnies Dai et Lahu y ont élu domicile. Avec Nannuo, Mengsong est l’une des régions productrices de thé ayant la plus vieille histoire. Les conditions y sont excellentes pour la croissance du théier. Ses vieux jardins couvrent aujourd’hui plus de 2000 m2 et ses nouveaux couvrent une superficie dix fois plus grande pour une production annuelle totale de près de 1000 tonnes.
Da Mengsong

Important village en bordure du Myanmar, on y retrouve les ethnies Dai, Hani et Bulang. Avec près de 3000 m2 d’anciens jardins de thé, sa production annuelle approche les 120 tonnes de thé de haute qualité.

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LIRE LA PARTIE 5  // LIRE LA PARTIE 7

 
 

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