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Bai Hao 1958 et 1968: impressions de dégustation

4 novembre 2008

 

 

J’ai cru qu’il pourrait être intéressant de vous partager les impressions que mon laissés deux thés que j’ai dégusté récemment -afin de composer leur profil aromatique pour notre site web-, les Bai Hao 1958 et 1968, que je vous présente sous la forme de l’ébauche spontanée “de ce qui m’est venu” au moment du tasting, mon “brouillon” autrement dit. Alliées à des informations recueillies chez les producteurs, ces notes de dégustation me servent par la suite à la composition des fiches descriptives de chacun des thés pour la boutique en ligne.

 

BAI HAO 1958

 

Feuilles sèches: + grandes feuilles, légèrement brisées, marron sombre, malté

Feuilles humides -nez-: terreau, Pu Er shou, raisin de corinthe, bois humide, sucré – dulce de leche

Liqueur -Visuel-: Rouge foncé presque noir, brillante.

Liqueur -Nez-:  Betterave, panais, terre humide, sucre de canne, céréale grillée, bois exotique

Liqueur -Bouche-: doux, texture huileuse – huile de sésame – ample/coulant, légèrement sucré et acide – kiwi mûr/framboise cuite, betterave à sucre -, terreau, boisé -écorce de bouleau-, vieux banc d’église, minéral — feeling Pu Er shou —

Finale: boisé (santal), légèrement épicé (girofle) et fruité (raisin). Complexité moyenne, réconfortant.

 

Pour donner:

Notre plus vieux wulong vieilli. Les 50 ans nous séparant du moment de sa cueillette dans le nord-ouest de l’île de Taiwan furent pour ce thé une expérience de cuissons successives élaborées selon le savoir-faire des artisans qui le rencontrèrent… À la première approche de sa liqueur, on s’aperçoit déjà par son nez qu’une surprise est à notre portée : des notes de terreau et de bois humide (étonnamment proches de celles d’un Pu Er de type Shou). En bouche, le sucré (bettrave à sucre, dulce de leche), le boisé/terreux (bois exotique, vieux meuble, humus), le fruité (raisin sec, kiwi mûr, framboise cuite) et le pyrogéné (céréale grillée) se marient dans une douce liqueur à la texture moelleuse (huile de sésame) délicatement acidulée. D’une persistance moyenne, sa finale boisée (santal) est légèrement épicée (girofle) et fruitée (raisin de Corinthe). Un wulong vieilli surprenant.

 

 

BAI HAO 1968

 

Feuilles sèches: petites feuilles marron/roux foncé, plusieurs tiges.

Feuilles humides -nez-: raisin, figue noire, terre, café de chicorée, mélasse blackstrap

Liqueur -Visuel-: Vermillon sombre, éclatante

Liqueur -Nez-: dattes, miel de châtaignier, bois de santal, parfum très légèrement pyrogéné: café

Liqueur -Bouche-: boisé -vétiver-, attaque sucrée/céréalière -miel de sarrazin-, fruit sec – abricot non sulfurisé- acidité piquante -cerise sauvage, fruits à oiseau-. Belle épaisseur, gouleyant, -huile de lin-

Finale: Boisé -exotique-, pointe fuyante fruitée/acidulée -groseille, cassis-, minérale -fer-. Beau relief aromatique, texture épaisse en fondu.

 

Pour donner:

Vieux de ses 40 ans, ce Bai Hao a su conserver son caractère fruité malgré le fil des cuissons successives lui ayant permis de traverser ces dernières décennies. S’offrant à l’aide d’une texture gouleyante un peu grasse (huile de lin), sa liqueur allie arômes boisés (vétiver, santal) et pyrogénés (café, chicorée) à des notes gourmandes (miel de sarrasin, mélasse blackstrap) et fruitées (figue, datte et abricot sec, groseille, cassis). Sa finale fruitée-acidulée, d’une belle persistance, s’envole doucement dans une minéralité élégante, au relief aromatique d’une beauté discrète. Un thé d’un grand précieux.

 

*******

 

En espérant que cette petite présentation, en plus de vous faire découvrir ces thés d’exception, vous fera comprendre encore un peu plus comment je procède dans mon travail de dégustation qui me passionne tant!

 

Deux Bai Hao vieillis: 1958 (à gauche) et 1968 (à droite)

 

  1. Olivier a dit:

    Salut Daniel,j’ai une question qui n’est pas nécéssairement en rapport avec cette section ,qui est la suivante:Comment fait on pour difféfencier une vraie Yixing d’une fausse (je sais évidement que le prix est un facteur).À partir de quelle gamme de prix se rapprocherait une Yixing?Car j’ai fais le tour d’une multitude de blog sur le thé et plusieurs personnes s’entendent pour dire que la plupart des théieres dites “Yixing” sont en vérité fausses et qu’ils présentent des risques pour la santé(ajout de plomb à la terre ainsi que d’autres produits chimiques)Je commence à être “parano” alors j’aimerais mieux dépenser plus mais tout en étant sur de la provenance et de la qualité! Merci.

  2. Lionel a dit:

    Y a pas à dire, c’est un beau métier que tu fais là !
    Bien des fois je rêverais d’être à ta place…

  3. Geneviève a dit:

    Bonjour!!!
    C’est bien intèressant ton article,je vous trouve tellement bon. Je ne sais franchement pas comment vous faites pour goûter autant de saveur dans un thé. J’ai beau m’appliquer à la dégustation, je n’y arrive tout simplement pas. Je me dis que ça se développe mais depuis le temps que je suis fanatique du thé, je n’ai pas encore trouvé le secret. Pour moi il y a le côté parfois végétal qui ressort d’un thé ou son côté terreux mais de là a dire tel sorte de légume etc…!!! Même avec une descprition de votre site j’arrive rarement à retrouver les saveurs indiqués mais bon je dois m’avouer vaincue mais je n’apprécie pas moins pour autant les merveilleux thés que j’ai découvert chez-vous,bien au contraire

    Merci pour votre savoir faire.

  4. Antony a dit:

    Salut,

    Je suis toujours impressionné lorsque je vois un thé de plus de 50 ans! Outre les arômes magiques de ce thé, le coté spirituel est aussi présent! Ce thé à parcouru 5 décennies pour arriver à votre palais, selon moi, des circonstances propices doit être au rendez-vous pour ce thé!

  5. Daniel a dit:

    @ OLIVIER:
    J’ai justement eu la même question d’Isabelle il y a de cela quelques jours, je t’invite à aller consulter ma réponse vers la toute fin de la rubrique “Questions diverses” (menu de droite), n’hésites pas à me reécrire si tu as d’autres questions plus précise sur le sujet…;

  6. Daniel a dit:

    @LIONEL:
    Merci! Je sais… quel bonheur!

  7. Daniel a dit:

    @ GENEVIÈVE:
    Merci… Je pense que le meilleur moyen pour affiner son sens “descriptif” à l’aide des termes de dégustation serait de te munir d’un lexique ou glossaire des termes de dégustation puis de vraiment noter, en mettant sur papier, tes impressions pendant que tu goûtes un thé… du moins, si tu es visuelle comme je le suis. C’est une question de prendre confiance en nos capacités de goûter et surtout de développer la curiosité… mais c’est vrai que ça demande de l’entrainement! Au plaisir!

  8. Daniel a dit:

    @ ANTONY:
    Tout à fait d’accord, il faut l’honorer de toute notre attention! Mais c’est tout de même pas parce qu’il est si vieux qu’il est nécessairement si bon… on voit que la qualité des feuilles est très belle derrière tout ça… MMmmmmm!

  9. VanessaV a dit:

    Très intéressant. J’aime beaucoup, et ces impressions pas si brouillon que ça lors de la dégustation, et cette mise en valeur pour le quidam que nous sommes.
    De quoi profiter au mieux d’un thé de qualité et aussi faire l’apprentissage de son nez et de ses papilles. Merci

  10. horis mann insurance a dit:

    Possibly the GREATEST read that I read all week.

    Best Regards
    Micah

  11. Iann Troalen a dit:

    Bonjour! Je suis très curieux de savoir comment sont conservés ces thés de 40-50 ans pour qu’ils ne perdent leurs qualités? Merci à l’avance!

  12. Manuel Legault-Roy a dit:

    Bonjour Iann. En fait, tout dépend de la méthode de conservation dont ce thé à fait l’objet. Comme la plupart des wulongs vieillis, ce thé a subit une cuisson annuelle durant les premières années de sa conservation afin de retirer l’humidité qui aurait put s’accumuler dans les feuilles au cours de l’année. Ce processus lui a sûrement permit de passer facilement une vingtaine d’années en conservant ainsi facilement ses arômes. Par la suite, il put être conservé en jarre, un peu à la manière d’un Pu Er, laissant alors les arômes pyrogénées accumulés par les années de cuisson s’estomper graduellement pour laisser apparaitre des notes plus terreuses, plus organiques. Voilà, en gros, comment un wulong peut-être conservé aussi longtemps sans être complètement éventé au bout de quelques années. C’est une question de savoir faire de la part des producteur ou de collectionneurs. Il faut ajouter qu’il y a toujours un aspect aléatoire à cette conservation très prolongé, car ce ne sont pas tous les wulongs qui vont parfaitement adapter leurs arômes au vieillissement. J’espère avoir répondu à ta question. Au plaisir!

  13. Arnaud Friedmann a dit:

    Bonsoir Daniel

    Petite question doit-on boire l’eau de rinçage d’un Bai Hao 1958, pour ma part je trouve c’est un gaspillage de ne pas l’utiliser.

  14. Manuel Legault-Roy a dit:

    Bonjour Arnaud,
    Boire l’eau de rinçage d’un Bai Hao 1958… Pourquoi pas? Je bois moi-même l’eau de rinçage de la plupart de mes wulong et wulong vieillis! Si ça te brise le coeur de la jeter, gardes-la! Après tout, c’est toi qui bois le thé!

 
 

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