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Dossier Pu Er : Xishuangbanna (Partie 6)

2 mars 2018

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Dossier Pu Er
Avant même la sortie de notre livre sur le thé vert en 2012, nous avions débuté l’écriture d’un troisième livre sur les thés Pu Er. Comme le projet s’est transformé, nous sommes heureux de vous présenter le fruit de nos recherches sur le Pu Er sous la forme d’articles de blogue en plusieurs parties. 

La terre d’accueil du théier, imprégnée d’importantes chaines de montagnes et traversée par de grands fleuves, dont le Nu Jiang (Salouen) et le Lancang (Mékong), tirant chacun leur source de l’imposant plateau Qinghai-Tibet au nord, porte aujourd’hui le nom de Yunnan, le « pays au sud des nuages ». Ce territoire spectaculaire au relief escarpé, avec ses sommets enneigés et ses jungles tropicales, a offert au théier une diversité climatique favorable à sa croissance en plus de lui fournir un sol particulièrement riche.

Lorsque Lu Yu, auteur du célèbre Classique du thé, écrit : « le thé pousse sur un arbre magnifique du sud de la Chine », il ne mentionne pas spécifiquement la province du Yunnan. Celle-ci, malgré son climat subtropical idéal, ses pluies abondantes et ses températures stables, a longtemps été ignorées de l’histoire du thé en Chine. Pourtant, selon d’anciens documents, le thé y aurait une histoire plus que deux fois millénaires. Les Pu, ancêtres des Bulang, y aurait débuté la culture 1500 ans environ avant que Lu Yu n’écrive le premier livre consacré au thé. Aujourd’hui, avec ses régions montagneuses, ses forêts tropicales, ses terres fertiles, la province du Yunnan est le trésor de la Chine pour le développement de l’industrie du thé Pu Er. Avec la multitude des thés qu’on y retrouve, l’univers du Pu Er appartient à ces montagnes célèbres, telles Yiwu, Lao Ban Zang, Bingdao, où d’anciennes plantations continuent d’offrir des cueillettes recherchées. De ces terres originelles, Xishuangbanna, Lincang et Pu Er sont les trois préfectures les plus renommées.

XISHUANGBANNA

À l’extrême sud de la province, la préfecture de Xishuangbanna touche aux frontières du Laos et de la Birmanie. Sur ses 20 000 kilomètres carré, entre hautes montagnes et profondes vallées, plus d’une dizaine de minorités ethniques, dont les Dai, Hani, Bulang, Jinuo, forment une population de plus de 800 000 habitants. La plupart des régions productrices de thé du Xishuangbanna sont situées à des altitudes idéales pour la culture du théier, soit entre 800 et 2000 mètres. À cette altitude, les théiers peuvent bénéficier des forts rayons du soleil du midi, tout en goûtant la fraîche rosée du matin. Les étés chauds, une humidité relative qui environne les 70%, les hivers doux, sans gel, sont aussi favorables à une longue croissance annuelle des théiers, permettant d’étaler la période de cueillette sur 8 à 9 mois. L’importante saison des pluies, pendant laquelle tombe près de 85% de l’accumulation annuelle, soit entre 1000 et 2000 mm, fournit suffisamment d’eau pour abreuver les plantations toute l’année. Entre les matins brumeux et les hivers humides, 2000 heures d’ensoleillement offrent de belles conditions aux théiers.

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Les montagnes célèbres du Xishuangbanna

La célébrité des montagnes du Xishuangbanna remonte à la dynastie Qing (1644-1912) alors que certains de ses thés furent nommés « thés impériaux ». Cette appellation, en plus de forcer l’amélioration du système routier reliant cette préfecture à Beijing, a grandement favorisé l’économie locale, permettant l’essor d’une multitude de producteurs et de professions reliées au thé. Selon d’anciens registres chinois datant de la dynastie Qing, sur les 400 km2 appartenant à cette région reculée, plus de 100 000 travailleurs étaient engagés dans cette industrie. Sur ce territoire, six montagnes ont été désignées comme celles appartenant à la plus importante zone de production de Pu Er du Yunnan : Youle, Gedeng, Yibang, Mangzhi, Manzhuan et Mansa (réf. Chan Kam Pong). À cette époque, le thé provenant de ces montagnes a la réputation d’avoir un goût exceptionnel et la propriété d’être un élixir de vie. Mais plus que pour leur goût, le choix de ces montagnes serait dû à leur plus grande accessibilité. Car celles situées de l’autre côté du grand fleuve Lancang : Bada, Bulang, Hekai, Mensong, Nannuo, beaucoup plus difficiles d’accès à l’époque, auraient d’ailleurs été écartées pour cette raison.

 Yiwu (Mansa)

Très populaire chez les collectionneurs, la région de Yiwu englobe les cantons de Mansa, Mahei, Yitian et Manluo. Son histoire appartient aux premiers âges du thé, les Bulang ont été les premiers à y cultiver le théier. À la fin de la dynastie Qing, un grand nombre de marchands de l’ethnie Han arrive à Yiwu pour y fonder des entreprises reliées au commerce du thé. Ils y établissent notamment un centre de collecte pour les six fameuses montagnes. La production annuelle est aujourd’hui estimée à 600 tonnes. Yiwu est l’un des rares terroirs où les familles et les entreprises cultivent et compressent leurs thés.
Nannuo

Très importante source d’approvisionnement pour la région, la zone de production de Nannuo comprend environ 7 km2 de vieux jardins. Certains ont vu le jour pendant la dynastie Tang (618-920). Lors des années 1920, le gouvernement de la République populaire de Chine y a établi un premier terrain d’expérimentation pour l’industrie du thé du Yunnan. En raison de son accessibilité, c’est l’une des montagnes les plus visitées.

Youle

Première terre d’accueil de l’ethnie Jinuo, Youle appartient aujourd’hui à un canton de Jinghong. Connue comme l’une des six fameuses montagnes, elle est au centre de cette vaste région de production de thé. Avec ses quelques 3 km2, sa production environne les 200 tonnes par année.
Yibang

Considéré comme le meilleur de Yibang, le thé du village de Mansong a déjà été offert comme tribut à l’empereur. On y trouve une majorité de vieux théiers et c’est l’un des rares terroirs à utiliser de vieux théiers de la variété Xiao Ye pour sa production.

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Manzhuan

Les premières cultures de thé de la région y sont apparues.
Lao Mansa

Elle fait partie de la zone de culture de Yiwu, aux bordures de la frontière du Laos, à l’Est complétement du comté de Mengla.
Gedeng

Reliée à Jinuo et à Youle, Gedeng forme une ligne de montagnes productrices de thé. Les vieilles zones de production ne sont pas énormes, quelques 500 m2. Le quartier des thés est localisé aux pieds de la montagne Kongming.
Mangzhi

Entourée, de Yibang, Manzhuang et Gedeng, la zone de culture de Mangzhi consacrée au thé n’est pas grande. Longtemps laissée à l’abandon, c’est au début des années 1980 qu’on y recommence la culture du théier. La production est aujourd’hui en croissance.
Lao Banzhang
« Banzhang est roi, Yiwu est reine! » Voilà comment parlent les habitants du Xishuangbanna lorsqu’il est question des montagnes préférées des amateurs de Pu Er. Selon certains, l’amertume des thés de Banzhang, plus relevée à la première gorgée, se dissout graduellement et ses arômes subtils tapissent tout le palais avant de tourner doucement dans la gorge. Situé à une altitude d’environ 1800 mètres, Banzhang est un village reculé. Malgré ses quelques 60 kilomètres qui le séparent de la ville de Menghai, le village est longtemps resté inaccessible en raison de la seule route en terre, pratiquement impraticable, menant au village. Dans le dialecte Dai, Banzhang signifie : « là où flotte le doux parfum de fleurs d’osmanthe ». Bercé par ces délicats arômes, deux villages, Xin Banzhang et Lao Banzhang, divisent ce terroir renommé.

Lao Man Er

Avec plus de 900 ans d’histoire, plus de 2000 m2 de jardins d’anciens théiers préservés et environ 500 m2 de nouveaux jardins, Lao Man Er, comme Banzhang, appartient à la région montagneuse de Bulang.
Hekai

Vaste région productrice avec 5000 m2 d’anciens jardins produisant approximativement 250 tonnes de thé de qualité chaque année, Hekai est l’une des régions productrices les mieux préservés du Xishuangbanna, un environnement harmonieux, où « la forêt contient du thé et où le thé contient la forêt ».
Bada

À la frontière de la Birmanie, la montagne Bada appartient à un territoire essentiellement montagneux, dont les pics atteignent 2200 mètres. On y trouve l’une des plus grandes anciennes forêts du Xishuangbanna et le plus gros des théiers sauvages découvert jusqu’à ce jour (34 mètres de haut, 3.8 m de circonférence). Les anciens jardins sont concentrés près du village de Manmai et occupe environ 1000 m2. La récolte se fait 10 mois par année, malgré l’épais brouillard qui recouvre Bada entre avril et octobre. Pendant les années 1980, une plantation de thé de 6000 m2 a été faite par la Menghai Tea Factory.
Mensong

Les ethnies Dai et Lahu y ont élu domicile. Avec Nannuo, Mengsong est l’une des régions productrices de thé ayant la plus vieille histoire. Les conditions y sont excellentes pour la croissance du théier. Ses vieux jardins couvrent aujourd’hui plus de 2000 m2 et ses nouveaux couvrent une superficie dix fois plus grande pour une production annuelle totale de près de 1000 tonnes.
Da Mengsong

Important village en bordure du Myanmar, on y retrouve les ethnies Dai, Hani et Bulang. Avec près de 3000 m2 d’anciens jardins de thé, sa production annuelle approche les 120 tonnes de thé de haute qualité.

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LIRE LA PARTIE 5  // LIRE LA PARTIE 7

  1. Redakteur a dit:

    Thank you for this post. Its very inspiring.

  2. Nicolas a dit:

    Merci pour cette série d’articles! Je les lie directement de Dali, c’est très approprié!

 
 

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