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Le maître de thé et le samouraï – Première partie

1 mars 2012

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L’histoire du thé au Japon est grandement redevable aux multiples maîtres de thé qui établirent les différentes règles et principes de l’art du thé jusqu’à en faire la cérémonie que nous connaissons aujourd’hui, c’est-à-dire la Cha no yu. Ces personnages hauts en couleurs, nobles ou roturiers, sont les acteurs de nombreuses fables et contes de l’imaginaire japonais. Ces représentations imagées des quatre principes  régissant la cérémonie du thé (respect, harmonie, pureté et sérénité), mettent de l’avant le côté profondément humain de la Cha no yu. Sans plus tarder, en voici un exemple :

Le maître de thé et le samouraï

Lors d’un voyage à Edo pour accompagner son seigneur chez le shogun, un maître de thé fit la demande de prendre une demi-journée de congé afin d’aller visiter cette ville magnifique dont il n’avait encore jamais exploré les merveilles. Par contre, ne trouvant aucun samouraï de la garde de son daimyo pour l’accompagner, les rues de la ville étant reconnues pour être quelque peu mal famées, l’homme de thé se trouva fort embarrassé. Il faut noter qu’à cette époque, si un samouraï se sentait vexé de quelque façon que ce soit par un homme d’une classe inférieure à la sienne, le guerrier avait droit de vie ou de mort sur le pauvre homme. L’impasse fut résolue par une drôle d’idée de la part d’un des conseillers du seigneur : pourquoi ne pas déguiser l’homme de thé en samouraï? Habillé ainsi des armes du daimyo Tosa, personne ne penserait à chercher noise à un homme représentant un clan si puissant. L’idée fut adoptée, et le frêle homme paré des armes et armoiries de son seigneur.

En déambulant dans la ville, l’homme de thé prenait plaisir à lire la crainte dans les yeux des roturiers et le respect dans celui des guerriers, jamais auparavant on ne l’avait regardé ainsi. Pourtant, bien entendu, le danger n’était pas bien loin. Depuis quelques temps déjà, un ronin, un samouraï sans maître, observait ce drôle de guerrier qui semblait flotter dans son armure. Le fourbe guerrier décida donc de tenter sa chance, se disant que s’il provoquait ce samouraï qui n’en semblait pas un et déshonorait ce frêle guerrier, il pourrait se faire engager à sa place ou recevoir une jolie somme pour taire l’affaire. Profitant de l’inattention de l’homme de thé, les yeux perdus dans les étals des échoppes, le ronin se mit en travers de son chemin, laissant le maître de thé le heurter. Le guerrier sans maître s’offusqua de la manière effrontée dont l’homme de thé déguisé l’avait bousculé et ordonna de régler le litige par le sang et le sabre.

Catastrophé à l’idée de devoir dégainer un sabre qu’il ne savait aucunement manier, mais conscient qu’il ne pouvait se défiler sans plonger son seigneur dans le déshonneur, l’homme de thé demanda un sursis à son adversaire, prétextant qu’il était en mission pour son maître et que mourir sans accomplir son devoir serait un trop grand déshonneur à subir. Ce délai accordé, l’homme de thé se rua dans l’école de sabre la plus proche et expliqua sa situation au maître d’armes. Au grand dam de l’homme de thé, celui-ci éclata de rire et lui dit qu’il possédait la mentalité qui manquait à tous ses disciples qui ne venaient prendre des leçons que dans l’espoir d’acquérir plus de puissance, alors que lui possédait la détermination à mourir dans l’honneur. Les longues années de pratique de Cha no yu du maître de thé avaient imprimé en lui une grande sérénité qui le laissait humble même face à sa fin prochaine.

À suivre…

 
 

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