Le Blogue des thés | Camellia Sinensis

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DE LA VAPEUR ET DU FEU

29 avril 2015

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Voici un texte tiré de notre livre Thé vert: à la rencontre d’un art millénaire récemment traduit en anglais “Green Tea: The Quest for Fresh Leaf and Timeless Craft’’.

Pour un amateur de thé vert japonais, le choix d’un sencha peut s’avérer complexe. Avec plus de 70% de la production japonaise qui lui est réservée, on en retrouve de toutes les qualités dans un spectre aromatique très étendu. Heureusement, certains paramètres gustatifs créés à partir de différentes techniques de transformation nous aident à mieux les comprendre.

La vapeur et le feu sont deux éléments essentiels à la transformation des sencha. Le premier pour la dessiccation et le second pour la cuisson final : deux procédés qui sont en grande partie responsables de la saveur et de la valeur aromatique d’un thé.

La dessiccation est nécessaire à l’obtention d’un thé vert. Sans elle, les feuilles s’oxyderaient et deviendraient inutilisables. Au Japon, si elle se fait le plus souvent à la vapeur, ce n’est pas tous les producteurs qui procèdent de la même façon. En soumettant les feuilles à différentes conditions, ceux-ci sont parvenus à créer trois styles de sencha aux nuances distinctes.

Le style asamushi

Obtenu par une dessiccation courte (20 à 40 secondes), les sencha appartenant au style asamushi peuvent se reconnaître par leurs feuilles habituellement entières et moins brisées. Souvent plus léger et peu tannique, leur goût ample rappelle les légumes verts et l’herbe fraiche.

Le style fukamushi

C’est en effectuant une dessiccation plus longue (80 à 200 secondes) que l’on obtient un sencha de style fukamushi. Soumises plus longtemps à la vapeur, les feuilles s’assouplissent davantage et se brisent plus facilement. Un goût intense ainsi qu’une infusion vive et foncée en résultent.

Le style chumushi

En s’informant sur les méthodes de transformation japonaise, nous avons remarqué qu’il y avait une zone intermédiaire, séparant les deux grands styles de sencha précédents, qui forme le style chumushi. Les feuilles qui subissent entre 40 et 80 secondes de dessiccation appartiennent à ce style de thé au goût plus classique.

Les chumushi sont très présents sur le marché du thé japonais sans toutefois être nommés comme tels. 

TEMP- Illustration- DeLaVapeurEtDuFeuLa cuisson

La cuisson finale, « hiire » en japonais, est un procédé relativement nouveau dans la transformation des thés verts japonais. Lors de cette étape, les feuilles sont dirigées dans des cylindres en métal chauffés au gaz où elles seront séchées avec plus ou moins d’intensité.

Ce procédé, comme il a lieu à la toute fin du processus de transformation, a une grande influence sur le goût du thé. Le principe est simple : moins on chauffe les feuilles, plus les notes végétales, iodées et florales, naturellement présentes dans les feuilles, sont conservées. Inversement, plus la cuisson est longue, plus le côté végétal fera place à l’aspect grillé, ou « noisetté », rappelant parfois le bouillon de volaille.

Si on remonte à quelques décennies, ni le style fukamushi, ni la cuisson intensive étaient utilisés. Les thés verts japonais conservaient alors l’emprunte végétale classique. Les producteurs de Uji, plus traditionnalistes, demeurent les gardiens de ce type de finition.

Aujourd’hui, tant au Japon que dans le reste du monde, les amateurs sont de plus en plus attirés par l’aspect grillé des thés verts. Et ce n’est pas sans raison, car en plus d’être moins fragiles à une eau plus chaude, leurs feuilles sèches offrent des arômes fruités qui ne passent pas inaperçus.

Du Keikoku au réveil!

13 mai 2014

Pour un accro de thé vert comme moi, en cette période où la sélection est plus limitée, rien de mieux que de profiter de la constante fraîcheur qu’offre un Sencha bien entreposé. J’accompagne donc mon réveil, depuis plusieurs matins, d’un senchado de Sencha Keikoku.

Les fines feuilles sèches de ce thé produit à Shizuoka dégagent un délicat parfum végétal, presque floral, merveilleusement accompagné d’un aspect légèrement citronné. Lorsqu’elles sont déposées au fond de la théière préchauffée, des notes de maïs grillé et de torréfaction s’ajoutent à la palette olfactive déjà bien complexe. Difficile de s’en lasser; humer les feuilles est devenu une partie intégrante de ma routine matinale. Pour un Sencha, les feuilles sont bien longues, très peu brisées et bien lustrées, caractéristique d’un étuvage court, d’un malaxage maîtrisé et d’un triage ultra fin!

Parce que ce thé est d’une qualité exceptionnelle et puisqu’au matin j’ai envie d’une liqueur bien vive et bien corsée, j’effectue la première infusion avec des paramètres un peu plus intenses qu’à la normale : 5 grammes de feuilles, 70 à 80 millilitres d’eau à 75°C, pour une minute.

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Les feuilles, une fois infusées, dégagent un parfum complètement différent : le délicat parfum végétal sucré provenant des feuilles sèches laisse plutôt place à un maïs beurré et à une fraîcheur subtilement herbacée. Dans la tasse, la première infusion est d’un vert clair limpide, à peine troublé par quelques fragments de feuilles. En bouche, la liqueur offre une attaque sucrée bien tannique qui rappelle le blanc de melon et qui se couple à merveille à un corps très gras, bien beurré. Une douceur presque florale tapisse aussi la bouche pendant quelques instants, avant de laisser place à la longue finale agrume et chair de melon qui clôt à merveille la dégustation de la première tasse de ce délicieux Sencha.

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S’en suit donc une deuxième infusion de tout au plus cinq secondes.

La liqueur, maintenant vert-jaune bien foncé, se trouble légèrement. L’attaque plus douce et herbacée introduit le palet aux généreux arômes floraux, nettement moins gras qu’à la première tasse. La persistance très fraîche, qui équilibre bien l’amertume et le végétal, laisse un effet très désaltérant et particulièrement plaisant. La tasse se boit toute seule!

À la troisième infusion de 30 à 40 secondes, on retrouve l’apparence ainsi que le parfum de la dernière. En bouche, la fleur et un léger parfum de torréfaction prennent le dessus. Le blanc de melon légèrement présent lors de la première infusion se trouve maintenant en premier plan et évolue vers une persistance et une fraîcheur végétale tannique rappelant l’épinard et la menthe.

Le Sencha Keikoku, vif, complexe et enrobant, est pour moi l’exemple parfait d’un thé vert propice au petit matin.

Raphaël

Le thé japonais Nadeshiko – la frontière entre thé noir et thé Pu Er

18 décembre 2012

Les feuilles

Nous avons découvert le thé Nadeshiko en 2010 dans sa phase expérimentale. Sans aucun doute en pénétrant dans le « sas » qui sépare la salle de transformation du thé et la pièce où l’on fait l’inoculation du champignon dans les feuilles, nous avions déjà l’impression d’avoir trouvé un autre beau projet !

De quoi s’agit-il au juste? C’est un brin complexe, mais en gros, il s’agit d’un thé à fermentation microbiologique contrôlée. Les feuilles à la base proviennent des plantations d’Isagawa, situées sur la montagne Haruno dans la préfecture de Shizuoka. Issu de plantations n’usant aucun pesticide ou herbicide, le thé subit différentes transformations, telles que flétrissage, roulage, malaxage et stérilisation.

Ensuite, dans une salle contrôlée, on procède à la fermentation du thé avec l’ajout d’une seule spore, soit l’aspergillus awamori. Par la suite, il y aura stabilisation du produit, séchage et triage. Il en résulte un thé au gout assez distinct, se rapprochant davantage d’un thé noir que d’un thé Pu Er.

Développé dans une optique « santé » au Japon, ce thé contiendrait davantage d’acides galliques et citriques ainsi que plus de catéchine que les thés verts. Aussi, le processus de transformation permettrait de créer de nouveaux polyphénols appelés Teadenol A et Teadenol B. Des recherches aux universités de Shizuoka et de Saga ont lieu présentement afin d’établir les propriétés du thé Nadeshiko et de ce nouveau procédé.

En attendant d’en savoir plus sur ses effets bénéfiques, profitons de son gout unique !Un travail très sérieux

Rapport de dégustation: Sencha Unjo

20 mars 2010

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Le Sencha Unjo n’est pas seulement notre seul sencha provenant de la région de Uji, il est notre grade le plus fin de ce type de thé vert japonais. Produit hâtivement au printemps par Monsieur Marukyu, il possède toute la finesse et la complexité que l’on puisse s’attendre découvrir des plus grands crus.

Ses feuilles couleur émeraude sont luisantes et fines telles des aiguilles de pin. Au nez, elles dégagent des notes herbacées fraîches et profondes. Une fois infusées (à basse température, 65-70°C), elles libèrent une liqueur fine, limpide et texturée. Sophistiquée, cette dernière ampli toute la bouche de ses saveurs délicatement acide et sucrée, se mariant harmonieusement aux  arômes végétaux de légumes verts (asperge, tige de brocoli, pousse de pois mange-tout) ainsi qu’aux pointes iodées salines et légèrement beurrées. Sa finale laisse apparaître, au beau milieu de ces nuances végétales et marines savoureuses, une fragile et rafraîchissante note de nectar de fleur.

À chaque année, notre producteur présente ce petit bijou à un concours national de thé au Japon (qu’il a remporté à plusieurs reprises). Ce faisant, bien que ces belles feuilles vertes soient produites au tout début de l’année, le Sencha Unjo ne nous parvient seulement qu’à l’automne, tel un vent printanier qui vient nous avertir que la tiédeur est proche et que les bourgeons des arbres sont bien vivants, malgré la fraîcheur du temps.

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Pourquoi le thé japonais me rend heureux…

18 février 2009

Je tenais aujourd’hui à vous partager un fait touchant pour moi: à chaque fois que je déguste un thé vert japonais après un moment sans en avoir bu, ça me rend immanquablement heureux. Le sourire grand comme le visage, le regard clair aux yeux pétillants, le coeur palpitant… en fait, ces thés me rendent amoureux. Aucun autre type de thé n’a autant d’effets soudains sur moi. Pourquoi? Est-ce simplement l’effet sur mon esprit de la caféine et des autres composés chimiques contenus dans les petites feuilles vert-émeraude? Ou est-ce plutôt ses arômes chlorophyllés me rappelant le printemps et l’été, le bourgeonnement des arbres, des champs verdoyants qui foisonnent de toute cette vie que l’on retrouve dans la nature et que j’aime tant? Sûrement les deux. Et, je me réjouis de ce fait, je suis loin d’être le seul à ressentir cet effet des plus agréables…

 

Outre leur action bénéfique dû à leur haute concentration en antioxydants, les sencha, gyokuro, matcha et bocha, -pour ne nommer que ceux-là-, sont des thés, disons-le, possédant une teneur relativement haute en caféine. Stimulants plutôt qu’excitants, leur effet sur nos corps et esprits est vivifiant et énergisant, sans pour autant  ”secouer” le système nerveux. En fait, ils favorisent la concentration et la clarté mentale et ce, pour des heures durant. Contrairement au café dont l’effet est généralement de 2 à 3 heures, les thés verts japonais auraient tendance à livrer graduellement leurs effets sur une période bien plus longue, de 6 à 8 heures. En résulte une sensation stimulante en continu, sans pour autant offrir de baisse d’énergie notable. Quant à leur caractère aromatique, ils nuancent pour la plupart sur la même tonalité herbacée rafraîchissante, des légumes verts au maïs, en passant par les algues, les fleurs délicates ou les noisettes fraîches, selon les crus. Ces thés sont presqu’à considérer comme des aliments en soi, un bouillon tonique et inspirant. Pour ceux qui n’ont d’ailleurs jamais tenté l’expérience, je vous conseille d’essayer un beau jour de remplacer votre thé du matin par un sencha ou le kamairicha par exemple. Peut-être découvrirez-vous la même énergie et le même bonheur que me rendent ces thés! Et n’oubliez pas de me laisser savoir vos impressions!

 

 
 

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