Le Blogue des thés | Camellia Sinensis

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L’apport de l’eau

8 janvier 2016

eau

Le thé peut être un excellent exemple de la notion de terroir. Un thé que l’on dit « de terroir » est singulier dû au terrain dans lequel les théiers ont poussé, au savoir faire des artisans qui l’ont transformé, au conditions climatiques particulières de ce millésime, etc.

La notion de terroir s’applique également aux eaux de sources. Ces eaux sont caractérisées par les géologies qui les ont filtrées, leur léguant par le fait même sels et minéraux sous forme de traces perceptibles au niveau organoleptique. J’aime bien imaginer chaque type d’eau comme étant une « photographie gustative » du terroir d’où elles découle.

Pour la dégustation, une eau à faible concentration en minéraux donne de bons résultats avec la majorité des thés. Il peut cependant être intéressant d’expérimenter des « accords » entre une eau de source au goût singulier et vos thés préférés. Dans ce sens, il s’agit d’un accord entre deux produits aux terroirs différents qui peut créer une synergie et ainsi faire ressortir différentes facettes d’un thé que vous connaissez bien. Voici donc trois combinaisons de thés et d’eaux de sources aux résultats savoureux ;

Et puisque la teneur en sels minéraux a un impact direct sur la composition chimique de la liqueur produite lors de l’infusion d’un thé, il peut être intéressant d’expérimenter des « accords » entre une eau de source au goût singulier et vos thés préférés. L’interaction entre deux produits aux terroirs différents crée ainsi une synergie, mettant en relief différentes facettes d’un thé que vous connaissez bien.

Pu er Phong Sali Laos 2015 et eau Des Îles Fiji

Cette eau de puits artésiens est très éclatante et marquée d’un aspect minéral très long en bouche. Infusé dans cette eau, le Phong Sali 2015 développe un aspect sucré et fruité rappelant la pêche et l’abricot mûr. Tout en ayant une structure tannique imposante, la liqueur résultant de l’infusion dans l’eau Fiji est particulièrement ample et lisse. Un accord parfait pour un thé vivifiant!

Chi Ye et eau Acqua Panna

Cette eau basique, légèrement sucrée et ayant une belle densité fait ressortir le caractère unique du Chi Ye. L’accord met l’emphase sur son expression aromatique impressionnante tout en conservant l’intégrité de sa charpente légère mais sans point faible. La liqueur est éclatante et vive avec une texture soyeuse et légèrement grasse. Cet accord illustre bien l’équilibre entre le tactile et l’aromatique.

Kabusecha Takamado et eau Evian

L’eau fortement minérale de Évian-les-Bains rehausse les flaveurs sucrées de petits fruits du Kabusecha et souligne une subtile minéralité. En outre, cette combinaison met également en évidence une texture lisse et une rondeur en bouche remarquable. Même avec une infusion prolongée l’amertume reste modérée et l’astringence absente. Infusé de cette façon, le Kabusecha Takamado séduira les amateurs de wulong vert rond et délicatement sucré.

Si, dans certain cas, la différence due à l’eau de source peut être assez subtile quelques détails peuvent avoir un grand impact sur ce genre de dégustation. Par exemple, attendre que la température de la liqueur tiédisse permet de mieux percevoir ses nuances. De plus l’utilisation d’un infuseur neutre comme la céramique émaillée est primordial pour une dégustation objective. Cela dit, nous vous encourageons à essayer ces accords et à nous partager les vôtres.

François Napoléon

Coup de cœur par temps froid : Feng Huang Gou Tou

5 février 2015

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Quoi de mieux qu’un thé provenant d’un seul arbre vénérable et majestueux, nommé Tête de Chien (Gou Tou) et âgé de plus de 200 ans, pour marquer le temps d’un souvenir heureux! Les délicates torsades de ce wulong du Guangdong ont donc trouvé refuge dans une de mes théières yixing avant d’être soigneusement rincées afin de les préparer à libérer leur plein potentiel.

Le parfum s’en dégageant est riche et enivrant, à la hauteur de la promesse d’un thé de cette qualité, et embaume l’air de puissantes notes de fleurs blanches et de fruits exotiques. En bouche, l’expérience est sublime, couronnée par les qualités recherchées lors de la dégustation d’un grand thé. L’attaque est vibrante, annonçant avec force le caractère unique de ce thé complexe et raffiné. La liqueur est dense et gorgée des différentes saveurs, harmonieusement équilibrées : ni trop amères ou acides, profondément minérales et savamment adoucies par les accents sucrés et mielleux provenant d’une oxydation et d’une torréfaction justes et soignées. Ses accents végétaux de légumes verts et d’écorce côtoient gracieusement ses nuances plus aériennes évoquant le muguet, la groseille et les agrumes.

Impressionné par l’évolution de toutes ses sensations, la finale, ample et généreuse, me rappelle qu’il faut aussi gouter avec le corps entier et vivre les effets du thé au-delà de ceux prévus pour le nez et la bouche. Je prends quelques instants de recueillement, hors du temps, et me laisse bercer par cette délicieuse caresse intérieure, mémorable et en résonance avec mon besoin de lumière et de chaleur!

Sébastien

Des cuissons en attendant l’été !

13 mars 2013

Feuilles du Mucha Tie Guan Yin cuit 60 heures

L’hiver et sa froideur nous invitent parfois à choisir des thés qui auront un effet réconfortant. Les arômes boisés, grillés et épicés peuvent être recherchés pour combler notre manque de chaleur. C’est ainsi que nous cuisons régulièrement certains wulong en vue de leur donner un caractère légèrement caramélisé atténuant aussi leur aspect herbacé.

Cet en effet à l’aide d’un four électrique à convection que nous opérons ces changements, à l’image d’une tradition encore vivante en Chine et à Taiwan. En plus de modifier leur profil aromatique et de les adoucir, la cuisson des wulong peut aussi être effectuée en vue de les faire vieillir quelques années, voir même quelques décennies !

Pour tout amateur souhaitant varier sa sélection ou simplement pour déguster en accord avec un dessert, essayez notre nouveauté saisonnières, soit le Da Yu Lin cuit 16 heures. Certains peuvent même accompagner une dégustation de whisky, par exemple un scotch des iles avec le Ali Shan 1999 cuit au charbon.

Goûter au maocha

4 novembre 2010

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Après avoir fait subir aux feuilles de théier une transformation grossièrement similaire à celle du thé vert, on obtient un thé cru en feuille libre qui est utilisé pour produire des thés postfermentés ( 黑茶 ). On appelle cette matière première le maocha ( 毛茶 ). Ce matériel organique n’a pas encore subi de vieillissement et n’a pas encore été compressé en galettes ou en briques (ou autres formes), comme c’est souvent le cas pour les thés Pu er ( 普洱市 ), afin de faciliter conservation et entreposage.

Il est possible de goûter à ce thé brut à la Maison de thé Caméllia Sinensis. Nous en avons ramené de Chine en 2009; il s’agit du Pu Er 2009 Mengsong Maocha. Ce thé est constitué à 100% de feuilles cueillies à la main sur des théiers de plus de cent ans. Ces feuilles proviennent exclusivement de Mengsong ( 勐宋山 )(l’une des célèbres montagnes du Xisuangbanna ( 西雙版納 ), une des régions les plus réputées de la province du Yunnan ( 雲南 ) pour le thé Pu er ( 普洱茶 )) et ont été achetées au village même par notre équipe d’importateurs-dégustateurs. Traditionnellement, c’est sous cette forme que les villageois consomment le thé depuis des centaines d’années, et ce, tout simplement en ajoutant de l’eau chaude à un gobelet de métal dans lequel on a mis une poignée de feuilles.

Ce maocha est très différent d’un thé vieilli à maturité. Offrant une liqueur d’un jaune dorée plus douce et délicate, il est jeune et plus vert. Sucré, très fruité et avec une longueur vaporeuse, mentholée et rafraichissante, il est doux et rustique en même temps. De frais parfums d’amandes et de fleurs sucrées introduisent une bouche, complexe et acidulée, d’abricot et d’agrumes contrastés par des notes de camphre et de cuir… Un thé qui n’est pas sans me rappeler les Wulong (烏龍茶) chinois de type Dan Cong ( 單叢 ) et les Darjeeling 1st flush indien.

Nous avons également fait compresser des galettes de 250 grammes du maocha que nous avons acheté à Mengsong et déjà, il est sensiblement différent de sa version en feuille libre. Je vous invite à en faire la comparaison…

Bon thé!

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Savourer les nouveautés…

20 mai 2010

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En cette période d’arrivages massifs de nouveaux crus printaniers, les dégustations se multiplient tant en amont, par nos dégustateurs parcourant l’Asie à la recherche des meilleurs crus disponibles, qu’en aval, ici au Canada, par le reste de l’équipe du Camellia Sinensis se devant de bien connaître les précieuses nouveautés à conseiller à notre clientèle. Afin de bien présenter un thé, il faut bien sûr le goûter, parfois à plusieurs reprises! D’ailleurs, la recherche des termes pouvant décrire le caractère, les arômes et les saveurs d’un thé est parfois une tâche plus ardue que l’on puisse ne l’imaginer. Un thé à la riche complexité s’exprime dans de nombreuses notes et subtilités…

Toutes les odeurs du thé ne sont pas perceptibles en même temps ni de la même façon. Leur degré de volatilité modifie leur persistance et nous renseigne sur l’évolution du goût du thé.

-Les notes de tête sont des notes volatiles, souvent éphémères, qui fournissent la première impression du goût d’un thé. Leur perception est immédiate.

-Les notes de corps sont celles que l’on perçoit lorsque la liqueur se trouve dans la bouche. Ce sont elles qui structurent la liqueur et qui la caractérisent. Puissantes et stables, elles sont responsables de la sensation générale que l’on a d’un thé.

-Les notes de queue sont celles qui, une fois la liqueur avalée, demeurent en bouche et persistent en arômes. Lorsqu’un thé est riche en saveurs, les notes de queue peuvent démontrer sa persistance ou marquer l’évolution de sa saveur qui culmine souvent en des sensations complexes.

Après avoir humé le thé en essayant de recenser le plus grand nombre d’arômes qui émanent de ses feuilles ou de sa liqueur, le second défi est de décrire sa texture ainsi que l’impression générale qu’il laisse.

Notre goût ainsi que notre esprit de dégustateur sont des sens qui se développent, plus on boira de thés en portant attention à ces détails, plus notre capacité de perception s’affinera. C’est avec la pratique et le plaisir que vous vous découvrirez  certainement des talents de fins dégustateurs!

Tasse à sentir et tasse à goûter, une double appréciation

10 février 2010

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Lorsque vous venez à notre maison de thé pour déguster un wulong en gong fu cha, vous risquez fort bien de voir apparaître devant vous un plateau où se trouvent, mis à part la petite théière en terre de yixing, un pichet (cha hai) ainsi que deux tasses, l’une basse et l’autre plus haute. La tasse basse ou “tasse à goûter” (cha bei) nous est généralement plus commune. C’est celle plus haute, ou “tasse à sentir” (wen xiang bei), qui souvent peut nous surprendre. Cette paire est en fait l’outil ultime d’appréciation des thés les plus complexes aromatiquement. En voici une courte présentation.

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Qu’elles tirent leurs origines du Fujian en Chine continentale ou de la belle île de Taiwan, cela fait maintenant plus de 30 ans que les maisons de thé les plus renommées de ces contrées productrices de wulong font l’usage de ces deux tasses jumellées pour faire déguster leurs plus grands crus. Ce sont d’ailleurs les wulong ainsi que parfois les Pu Er, par leur éléments riches en arômes, qui gagnent ainsi  à être servis.

La liqueur est d’abord transvidée de la théière au pichet afin de stabiliser l’infusion, puis distribuée dans les tasses “à sentir” des convives. Après quelques secondes de repos, la tasse “à goûter” est posée -tel un couvercle- à l’envers, sur la tasse “à sentir”, avant de les retourner rapidement. La tasse “à sentir” est alors retirée délicatement afin de laisser la liqueur glisser dans la tasse “à goûter”. C’est à ce moment, lorsqu’elle est vide, que les éléments aromatiques posés sur les parois de la tasse “à sentir” qui se refroidit, laissent à nos narines un voile de parfum sucré et enivrant. On peut ainsi humer, pendant plusieurs dizaines de secondes, l’évolution aromatique qui s’en dégage. Un Shan Lin Xi, par exemple, peut laisser des vagues d’arômes d’ananas mûr passant par la suite au parfum de la crème vanillée, puis au beurre fondu, qui revient à l’ananas avant de s’évanouir en sucre candy. L’usage de la tasse dite “à sentir” permet donc de décortiquer aromatiquement la liqueur et apporte une dimension supplémentaire au simple usage d’aspirer la liqueur dans notre bouche et percevoir les arômes par rétro-olfaction. Et bien sûr, il ne faut pas oublier qu’après ces affaires “de nez”, il faut tout de même se faire le plaisir de porter en bouche la liqueur patientant dans la tasse “à goûter”: apprécier sa texture, ses saveurs, ses arômes au passage, sa persistance et, finalement, l’effet qu’elle offre à notre corps. L’usage de la tasse à sentir n’aura surtout d’intérêt que pour les trois premières infusions du gong fu cha, dites “les infusions d’arômes”. Les trois suivantes sont nommées les “infusions de saveur” et les trois dernières “les infusions de couleur” (ou “d’essence/de pureté”) et, généralement, ne requerront que la tasse “à goûter”.

Des petits nouveaux vraiment shou-ettes!

20 novembre 2009

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En avant plan, le Pu Er Xiaguan 1998 -76563- (vrac) et le Pu Er Haiwan 2005 (en galette) au second plan.

Les amateurs de thé le savent bien, le thé est éphémère, il ne se conserve pas longtemps, il faut le savourer lorsqu’il est encore frais puis le laisser aller… jusqu’à la récolte de l’année suivante! Les Pu Er quant à eux, puisqu’ils se conservent des décennies durant, donnent parfois l’illusion qu’ils ne s’épuiseront jamais… Et pourtant, voilà que les réserves de nos valeureux Pu Er shou 1995 et Yongming 2006 se sont vidées dernièrement. Il fallait donc trouver du renfort et ce sont deux petits nouveaux vraiment intéressants, fraîchement arrivés de Hong Kong, qui furent choisis en guise de leur remplacement sur notre carte: Un vrac, le Xiaguan 1998 -76563- et la galette Haiwan 2005.

Ces deux thés ont déjà bien maturés, ils ont gagné en rondeur et en profondeur, leur liqueur est dense et réconfortante. Le Xiaguan 1998 possède un caractère un peu plus léger que son acolyte, sa liqueur est soyeuse et dense à la fois avec de belles notes boisées (racine de réglisse, bois de résineux, cacao), minérales (terra cotta) et légèrement sucrées (peau de betterave, chair de pomme de terre, céréale fraîche). La galette de Haiwan 2005 est quant à elle composée de feuilles légèrement plus grandes et offre une infusion grasse et puissante, d’un noir presque d’encre. Des arômes d’orge grillé, de terreau fertile et de vieux bois ciré y accompagnent des nuances sucrées de cassonade et même, en finale, de petits fruits rouges… Tous les deux sont très généreux aux ré-infusions. Ce sont, d’après moi, de très bons choix pour quiconque désire s’initier aux Pu Er.

liqueur Pu Er shou

Les coups de coeur de Daniel

22 mai 2009

 

Des boîtes arrivées par avion descendent des camions de livraison presque quotidiennement. Dans ces coffres au trésor en carton ou en bois, des arômes et des saveurs qui brillent de leur sublime fraîcheur, des crus de thé tous aussi différents les uns que les autres. On reconnaît très bien certains d’entre eux qui, année après année, varient seulement de quelques nuances selon les conditions de culture. D’autres, quant à eux, n’attendent qu’à être découverts pour la première fois. Parmi les arrivages de 2009, certains thés retiennent particulièrement mon attention. Je voulais vous partager quelques uns de mes coups de coeur, mes petits favoris d’entre eux, toutes familles et gammes confondues.

 

Darjeeling Risheehat Dj-22 First Flush (noir, Inde): Cette récolte du jardin Risheehat est explosive en saveurs et en arômes, d’un équilibre quasi parfait de fleur opulente et de fruits d’été presque mûrs. Sa texture est presque crémeuse, sa persistance est suave. Il est, d’après moi, l’archétype parfait du Darjeeling de première récolte… que dire de plus?! 

 

Anji Bai Cha 2 (vert, Chine): Ah! Le Anji Bai Cha! Il reste un de mes classiques mais cette année… il est encore meilleur! Fraîcheur, onctuosité, souplesse, rondeur… tout cela mais d’une épaisseur si fine, si lumineuse, d’huile de noix, d’asperge beurrée, d’herbe odorante pleine de soleil… Je trouve que ce thé est simplement une ode à l’été. 

 

Long Jing Shi Feng 1 (vert, Chine): Une explosion d’arômes. Consternant tant le bouquet est parfait, ça arrive de tous les sens pour ne faire qu’un, au centre, droit au coeur. Le fruit frais, l’arachide, la frangipane, l’asperge, la tête de violon, le myosotis. Plus que juste un trip d’arômes, quelque chose se cache derrière toutes ces flaveurs. Un cadeau pour l’âme, un philtre précieux…

 

Qi Lan Xiang (wulong, Chine): Normalement, c’est un wulong noir que l’on retrouve torréfié. Là, il ne l’est pas. Résultat: une surprise plus que surprenante. Les feuilles carrément vertes offrent des fleurs, de lilas ou de pommier, du fruit à chair fine et aromatique, le litchi et la pêche mûre, du miel d’été et, pour tenir tout ça ensemble, cette légère amertume commune aux wulong du Guangdong, celle du pamplemousse rose. Une curiosité qui risque de ravir l’amateur de wulong verts.

 

Feng Huang Shui Xian 1998 (wulong, Chine): Un wulong noir torréfié savoureux à la belle complexité et à la persistance plus qu’agréable. Au-delà de ses arômes minéraux, de bois exotiques, de tabac, de noix et de fruits séchés, on sent la maturité de ce thé s’ayant reposé depuis quelques années, une sagesse qui se goûte! Généreux aux réinfusions.

 

Nilgiri Coonoor (noir, Inde): J’adore ce thé. Pour son prix, c’est un thé merveilleux. Éclatant, plein de saveur, complexe par ses arômes fruités, floraux et épicés, il présente un équilibre quasi parfait. Je n’arrive tout simplement pas à m’en lasser…

 

Chè Tom Soi Vang (vert, Viet-Nâm): Un thé vert qui me surprend pour son bel équilibre et sa complexité pour son prix. Vif et éclatant, son caractère végétal n’est pas linéaire, il rayonne de son herbe fraîche légèrement sucrée, de son fruit acide (mangue, zest d’agrume), de ses noix. Un thé de tous les jours vraiment intéressant, cultivé sans chimie, à prix gentil.

 

Sencha Shincha Mine (vert, Japon):  Thé de primeur, le Shincha arrive bien avant ses compères nippons. Fraîcheur. C’est vert, ça explose de fraîcheur, comme les premiers brins de gazon entre les orteils au premier pique-nique de l’année. À part son aspect chlorophyllé rafraîchissant, des notes de fruit frais, d’agrumes, de feuilles de moutarde, de mâche. Pour les amoureux des thés japonais, le Shincha c’est comme la tour Eiffel pour quiconque visite Paris pour la première fois, c’est un monument incontournable!

 

Je profite pour en nommer quelques autres qui ont su gagner mon coeur: Mayuan Shan de Mme. Nian (wulong, Taiwan), Wu He (vert, Taiwan), Zhi Lan Xiang Wu Dong (wulong, Chine), Darjeeling Samabeong Dj-7 et Sungma Dj-4 First Flush (noirs, Inde), Sencha Ashikubo (vert, Japon), Tian Mu Qing Ding (vert, Chine), Shan Lin Shi (wulong, Taiwan)…

 

 

 

Bai Hao 1958 et 1968: impressions de dégustation

4 novembre 2008

 

 

J’ai cru qu’il pourrait être intéressant de vous partager les impressions que mon laissés deux thés que j’ai dégusté récemment -afin de composer leur profil aromatique pour notre site web-, les Bai Hao 1958 et 1968, que je vous présente sous la forme de l’ébauche spontanée “de ce qui m’est venu” au moment du tasting, mon “brouillon” autrement dit. Alliées à des informations recueillies chez les producteurs, ces notes de dégustation me servent par la suite à la composition des fiches descriptives de chacun des thés pour la boutique en ligne.

 

BAI HAO 1958

 

Feuilles sèches: + grandes feuilles, légèrement brisées, marron sombre, malté

Feuilles humides -nez-: terreau, Pu Er shou, raisin de corinthe, bois humide, sucré – dulce de leche

Liqueur -Visuel-: Rouge foncé presque noir, brillante.

Liqueur -Nez-:  Betterave, panais, terre humide, sucre de canne, céréale grillée, bois exotique

Liqueur -Bouche-: doux, texture huileuse – huile de sésame – ample/coulant, légèrement sucré et acide – kiwi mûr/framboise cuite, betterave à sucre -, terreau, boisé -écorce de bouleau-, vieux banc d’église, minéral — feeling Pu Er shou —

Finale: boisé (santal), légèrement épicé (girofle) et fruité (raisin). Complexité moyenne, réconfortant.

 

Pour donner:

Notre plus vieux wulong vieilli. Les 50 ans nous séparant du moment de sa cueillette dans le nord-ouest de l’île de Taiwan furent pour ce thé une expérience de cuissons successives élaborées selon le savoir-faire des artisans qui le rencontrèrent… À la première approche de sa liqueur, on s’aperçoit déjà par son nez qu’une surprise est à notre portée : des notes de terreau et de bois humide (étonnamment proches de celles d’un Pu Er de type Shou). En bouche, le sucré (bettrave à sucre, dulce de leche), le boisé/terreux (bois exotique, vieux meuble, humus), le fruité (raisin sec, kiwi mûr, framboise cuite) et le pyrogéné (céréale grillée) se marient dans une douce liqueur à la texture moelleuse (huile de sésame) délicatement acidulée. D’une persistance moyenne, sa finale boisée (santal) est légèrement épicée (girofle) et fruitée (raisin de Corinthe). Un wulong vieilli surprenant.

 

 

BAI HAO 1968

 

Feuilles sèches: petites feuilles marron/roux foncé, plusieurs tiges.

Feuilles humides -nez-: raisin, figue noire, terre, café de chicorée, mélasse blackstrap

Liqueur -Visuel-: Vermillon sombre, éclatante

Liqueur -Nez-: dattes, miel de châtaignier, bois de santal, parfum très légèrement pyrogéné: café

Liqueur -Bouche-: boisé -vétiver-, attaque sucrée/céréalière -miel de sarrazin-, fruit sec – abricot non sulfurisé- acidité piquante -cerise sauvage, fruits à oiseau-. Belle épaisseur, gouleyant, -huile de lin-

Finale: Boisé -exotique-, pointe fuyante fruitée/acidulée -groseille, cassis-, minérale -fer-. Beau relief aromatique, texture épaisse en fondu.

 

Pour donner:

Vieux de ses 40 ans, ce Bai Hao a su conserver son caractère fruité malgré le fil des cuissons successives lui ayant permis de traverser ces dernières décennies. S’offrant à l’aide d’une texture gouleyante un peu grasse (huile de lin), sa liqueur allie arômes boisés (vétiver, santal) et pyrogénés (café, chicorée) à des notes gourmandes (miel de sarrasin, mélasse blackstrap) et fruitées (figue, datte et abricot sec, groseille, cassis). Sa finale fruitée-acidulée, d’une belle persistance, s’envole doucement dans une minéralité élégante, au relief aromatique d’une beauté discrète. Un thé d’un grand précieux.

 

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En espérant que cette petite présentation, en plus de vous faire découvrir ces thés d’exception, vous fera comprendre encore un peu plus comment je procède dans mon travail de dégustation qui me passionne tant!

 

Deux Bai Hao vieillis: 1958 (à gauche) et 1968 (à droite)

 

Sur l’importance de l’état d’esprit dans lequel déguster le thé

7 octobre 2008

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 Prendre le temps de déguster le thé (photo gracieuseté de mrhayata) 

 

 

Y a-t-il une meilleure manière d’infuser tel ou tel thé? Oui, sans contredit. Mais au-delà de la technique et des méthodes d’infusion, l’attitude du dégustateur, l’état d’esprit dans lequel nous abordons le thé que nous avons choisi d’infuser, a un rôle primordial dans le simple fait de déguster.

 

J’élaborais, dans un article non trop lointain, sur la notion du “thé du quotidien” vs “thé de moment précieux“. Il est certain que les thés de grand cru seront souvent plus probablement approchés de cette attitude “attentive”, leur richesse et leurs subtilités justifiant de surcroît cette présence supplémentaire chez l’amateur de thé. Il n’en demeure pas moins que tout thé peut se déguster au quotidien, pas seulement être avalé.

 

Les divers rituels pratiqués dans les divers pays producteurs et consommateurs de thé illustrent bien cette attention portée au fait de boire le thé. Le “Tea Time” des Britanniques ou l’assemblée autour du feu des Touaregs lors de la préparation du thé à la menthe en plein désert, les cérémonies du thé japonaise et coréenne imprégnées de l’esprit méditatif du zen, le gong fu cha à Taiwan et dans certaines régions de Chine, rapide mais précise et pleine d’attention dans l’action du simple fait de préparer le thé à son meilleur. Ces rituels, loin d’être des mascarades issues de cultures surannées, reflètent le “précieux” qui se doit d’être porté au thé, l’esprit qui se cache derrière sa liqueur. Chaque feuille mérite ainsi toute notre attention.

 

 gratitude envers le thé

 

Il est possible dans notre quotidien, sans avoir à se fondre à quelque rituel que ce soit, de “prendre le temps du thé”, de s’asseoir quelques minutes, de prendre une pause, pour respirer et savourer un thé. L’ambiance y jouera certainement un grand rôle; c’est en fait à chacun de savoir, dans la mesure du possible, quelles conditions extérieures pourra nourrir son propre calme intérieur et sa réceptivité. L’attitude d’ouverture est essentielle dans une dégustation. Si l’on croit déjà savoir ce que le thé goûtera, ce n’est pas l’infusion qui est savourée, c’est une pensée que l’on déguste! Boire le thé peut être un bon moment pour mettre sa tête “hors tension”, libre de tout a priori. Quiconque a infusé maintes fois le même thé sait que les infusions ne se présentent pas toujours sous le même jour, parfois plus forte ou plus douce, des notes que l’on trouve un jour ne ressortent pas forcément une autre fois où, certains autres arômes, inconnus jusque là, viennent nous surprendre plutôt… Ainsi, à l’écoute du thé qui s’offre à nous, nous sommes aussi à l’écoute de nous-même et de nos sensations, bien plus enclins à cerner nos impressions de dégustation. Lorsque, personnellement, je dois déguster et faire la description du profil aromatique des nouveaux thés voués à être proposés sur la boutique en ligne, je tente de me poser dans cette humble attitude d’ouverture afin de percevoir pleinement les différentes nuances et subtilités de ces derniers.

 

  Le thé est merveilleux par ce fait qu’il est étroitement lié à la notion de “l’instant présent”, un presque mode de vie qui ne se perçoit pas avec une force pareille dans d’autres traditions telles que celle du café, des alcools ou d’aliments divers. Il n’y a pas (à ce que je sache…) de “Voie du Scotch Whisky” ni de celle “du Fromage”, mais il existe une “Voie du Thé” dans pratiquement toutes les différentes traditions asiatiques… Cela porte à réfléchir à ce “je ne sais quoi” qui se cache derrière cet élixir qui nous passionne tant. J’attends impatiemment vos commentaires et impressions!

 

 

 
 

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