JAPON 2010
L’an passé, avec mon voyage à Taiwan et au Vietnam, j’avais été dans l’obligation de laisser sur la touche le Japon. Donc, cette année pour 2010 l’appel du Japon était intense! J’avais grande envie de retrouver mes producteurs, d’en visiter de nouveaux et d’explorer davantage l’univers fascinant des poteries japonaises.
Pour ce qui est de Taiwan et du Vietnam, ma relation privilégiée acquisse au cours des 8 dernières années sur le terrain me garantissait un accès unique aux plus belles récoltes et ce, même à distance.
Le Japon a connu un printemps hâtif puis une période de froid qui a affecté plus ou moins certains fermiers. Certains ont dit que cette vague de froid « a juste bien stressé la plante pour la secouer un peu ». D’autres, comme M. Sugiyama (sencha Aji/Mobata), ont subi les pires pertes depuis 40 ans…
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Mon voyage au Japon a débuté par une visite à la famille Isshinen dans le sud du Japon, sur l’île de Kyushu. Cette famille produit du thé de type Kamairicha depuis 3 générations. Toutefois, leurs ancêtres ont toujours cultivé la terre et ce, depuis 15 générations. Ils ont des jardins magnifiques à plusieurs endroits dans la région de Nobeoka. Ils cultivent selon les méthodes biologiques depuis 17 ans. Ils sont certifiés par le JAS. (Japanesse Agricultural Standard). Pour plus de détails je vous invite à lire l’article à leur sujet sur notre blogue dans le mois de Mai 2010. Profitant du privilège d’être en terre nipponne cette année, j’ai décidé de pousser plus loin notre recherche sur les chawan et les bols à thé. J’ai donc visité plusieurs artisans de Hagi, ville potière célèbre pour ses objets du thé. Après une journée, la déception était au plus au point. J’avais vu beaucoup de pièces, mais la plupart étaient sans « âme ». Le lendemain, sur le point d’abandonner, j’entre chez M. Nakahara. Plus de 30 ans d’expérience. Une maîtrise des différents styles (Kairagi, Oni-hagi, Hime-Hagi, etc.), des bols à thé, des chawan pour la préparation du matcha et des prix plus que raisonnables pour la qualité de telles pièces. M. Nakahara va chercher lui même la terre rouge nécessaire à sa production sur l’île de Mishima, au large de Hagi. Ses cuissons sont effectuées dans un four à bois ou au gaz. Lorsqu’on regarde ces pièces à l’allure « brutes », on les imagine lourdes. On demeure surpris de leur légèreté en les prenant dans nos mains. Après 2 jours à Hagi, je suis partis dans la région de Kyoto-Uji- Nara pour aller rencontrer plusieurs de nos producteurs, soit de matcha, de sencha ou de gyokuro. J’ai aussi continué ma recherche de poterie en allant voir M. Kamada, un artisan célèbre de Tenmoku, un style unique de bols à thé aux superbes glaçures (voir article blogue du 15 juillet 2010). Suite à mes nombreuses rencontres dans cette région, je suis partis à Shizuoka, « poumon » de l’industrie du thé nipponne. J’ai discuté avec plusieurs artisans et professionnels des thés de la saison 2010, de leur fabrication, de l’évolution du marché, etc. Quelle surprise de taille que de constater que M. Morishita et ses partenaires travaillent sur la fabrication de Pu Er! Dans une salle spécialement conçue à cet effet, ils tentent de créer des thés post-fermentés, en ajoutant des spores de champignon. Le goût n’est pas très semblable aux Pu Er chinois, mais il y aura certainement d’autres développements, ce qui me porte à croire que nous aurons peut-être un Pu Er japonais dans le futur! |
Mes plus belles découvertes « thés » proviennent de ma dernière rencontre. Je suis allé à Saitama (nord-ouest de Tokyo) rencontrer la famille Miyano. La région est célèbre pour ses thés faits à la main (Temomi). Oui, toutes les étapes de la cueillette au triage sont faites à la main. Pour faire 350g, il faut 8 heures à une personne, sans pause de 15 minutes! Tout ce travail destine les thés à participer aux concours annuels (régional et national), afin d’attirer l’attention du public. Malgré tout, il y a une véritable démarche d’artisan derrière tout ça.
J’en avais souvent entendu parler et j’ai eu la chance d’en goûter. Les feuilles d’un vert profond ressemblent à de longues aiguilles de pin. L’infusion se fait à 40 degrés Celsius et seulement quelques gouttelettes ressortent de la théière. Le goût est dense, rappelant le bouillon de légumes verts. Après seulement 2 mini-tasses (environ 8-10 gouttelettes), je regarde Pierre, mon traducteur. Comme moi, il a le sourire tiré jusqu’aux oreilles! Pierre n’arrive plus à traduire et nous avons du mal à ne pas rire! Le fou rire nous surprend! Nous demandons finalement à notre hôte ce qui se passe. Il nous répond que plusieurs de ses clients achètent ce type de thé autant pour son effet que pour son goût! Nous comprenons…
Malheureusement, il n’avait plus aucune quantité à nous refiler et les prix peuvent être plutôt affolants (entre $2000 et $15000 le kilo!). Toutefois, j’ai pu déguster d’excellents sencha (cueillis à la main, puis transformés à la machine) que la famille présente aux concours. J’en ai sélectionné deux : le Sencha Hinpyokai Tokugo et le Sencha Hinpyokai Ichigo. Les deux offrent un délicat parfum de fleurs, mais le premier possède une persistance merveilleuse…À découvrir!
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