Des tasses et des tasses...

27 octobre 2008
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Le choix d'une tasse peut parfois ne pas être une mince affaire. Qu'elles soient d'un style à la chinoise, à la japonaise ou à l'occidentale, plusieurs types sont disponibles, conçues à partir de différents matériaux, aux contenances multiples et, tout comme pour les théières, retrouvées en diverses qualités. Hautes ou basses, droites ou évasées, avec ou sans anse, fines ou épaisses, l'émail clair ou coloré à l'intérieur, au delà de la préférence pour un style en particulier, il peut aussi être utile de savoir qu'une forme ou qu'un matériau en particulier fera ressortir différemment les flaveurs, la texture et la couleur d'un même thé. Tel que la science des sommeliers le reconnaît pour les différentes formes de verres s'assortissant aux vins et aux différents alcools, certains seront plus adaptés que d'autres à la dégustation de ces derniers... même si, à la limite, le verre "du pot de moutarde" peut faire l'affaire!

Le même thé se présente sous différents tons selon la forme et la profondeur de la tasse.

Je me souviens très bien du jour où je me suis rendu compte que la tasse dans laquelle on déguste un thé est aussi importante que la théière utilisée. J'avais nouvellement acquis une superbe tasse en céramique à l'émail finement velouté. Le premier thé que j'y versai, un Darjeeling frais du printemps, pris une belle allure et me fît languir de m'y tremper les lèvres... jusqu'à ce que je trouve la liqueur un peu terne en parfum, comme étouffée de ses arômes légers, sans les accents toniques que j'apprécie normalement chez ce thé vif. Est-ce que j'avais simplement mal infusé les feuilles? "Sûrement", me dis-je. Mais, après quelques tasses un peu décevantes, l'idée me vint de me verser une dose de la même théière dans une de mes banales tasses de porcelaine blanche que j'utilisais quotidiennement depuis des mois. Quelle surprise! La même liqueur y était aromatique, limpide, éclatante. "Eh bien ça alors! Qu'est-ce que je vais faire de toi maintenant?" Bien, elle me sert merveilleusement depuis pour mes dégustation de Pu Er shou, arrondissant leurs arômes boisés et terrestres et rendant leurs liqueurs plus moelleuses en texture. La même chose est arrivée lorsque je testai une tasse fortement évasée, elle me donna l'impression que sa lèvre fine à l'angle presque horizontal laissait au thé une douceur aérée supplémentaire, parfait pour les thés plus corsés infusés à haute température (la forme évasée permettra une perte de chaleur plus importante qu'avec une tasse droite). J'en déduis tout bonnement qu'il n'y a pas une tasse parfaite pour tous les thés, que chacune fera ressortir quelque chose de différent d'un même thé, il s'agit simplement d'une question de goût.

(Je vous invite en passant à jeter un oeil sur un article de Patrick - du blog En forme de poire -, qui traite justement d'une aventure similaire qui s'est présentée à lui récemment).

Différentes formes et contenances de tasses sans anse. L'émail blanc permet de bien percevoir la couleur de la liqueur, contrairement à celles qui sont sombres ou colorés. Un exemple de tasse haute de style japonais (en haut, à gauche) offre généralement une contenance plus importante que les tasses chinoises, souvent retrouvées en plus petits formats car adaptées à la dégustation en gong fu cha.

Depuis les années successives que je m'adonne aux plaisirs de la dégustation du thé, sans pourtant que cela soit par soucis d'exotisme, j'ai pris l'habitude de boire mes thés japonais dans des tasses japonaises, mes thés chinois et taïwanais dans des plus petites tasses de style chinois et mes thés noirs d'Inde dans des tasses à anse en porcelaine fine. Je me suis dit que, tout compte fait, chaque tradition a vu ses instruments de dégustation s'adapter à leurs thés produits régionalement, et vice et versa, qu'il y a nécessairement une corrélation directe entre les thés spécifiques d'une culture et les réceptacles les accueillant quotidiennement par leurs adorateurs. Par exemple, avec le gong fu cha ou le chung, techniques permettant de seulement produire une petite quantité de thé infusé à chaque ré-infusions, le thé est souvent versé d'abord dans le cha hai (pichet à thé) puis distribué dans de petites tasses. Au contraire, à l'anglaise, de relativement grandes tasses sont utilisées car l'usage de théières de plus grande contenance est monnaie courante, les thés noirs indiens se prêtant mieux à une seule infusion que l'on veut abondante. Aussi, si l'on veut transvider dans une ou des tasses l'entièreté d'une théière (ou d'un chung) où les feuilles infusent librement, il faudra choisir un format de tasse conséquent pouvant accueillir toute l'infusion.

Je vous conseille donc de penser à tous ces petits détails lorsque vous choisirez vos futures tasses, mais aussi de vérifier son impression en main, sa texture (et, pour ma part, je dois vous l'avouer, je pose systématiquement ma bouche sur une tasse convoitée pour sentir comment elle se porte aux lèvres, voir si elle "embrasse bien"!), Kevin ajouterait même de tester pour voir si votre nez s'accorde bien au bords de la tasse (c'est-à-dire: "si il entre ou si il est trop long")... histoire d'aller au-delà de "si la couleur de la tasse s'harmonise bien avec celle de ma théière". Et surtout: en boutique, n'hésitez pas à nous demander conseil, ce sera avec un plaisir immense que nous pourrons vous assister dans vos choix. Bon thé et... à vos tasses!

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