Le maître de thé et le samouraï - Deuxième partie

9 mars 2012
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L'homme de sabre avoua à son invité qu'il était lui aussi un grand amateur de la cérémonie du thé et qu'il aimerait bien observer son talent à l’œuvre lui affirmant qu'après cela, il serait plus apte à le conseiller sur le maniement du sabre. Bien heureux de pouvoir pratiquer une dernière fois son art, le maître de thé accepta la proposition. Au cours de cette cérémonie, comme à chaque fois, l'homme entra dans une concentration sans failles, oubliant tous les soucis de la vie extérieure, de même que le péril qui pesait sur son existence. Ses gestes étaient fluides, dansants et éblouirent son hôte par leur harmonie. Comblé, le maître d'arme le convia dans sa salle d'entraînement pour lui prodiguer ses conseils.

Il lui expliqua que lors d'un duel, il devait saluer son adversaire avec un grand respect, de la manière dont il accueillait ses invités lors d'une cérémonie. Ensuite, il était alors important de retrouver le même état de sérénité et de concentration que lors de la pratique de son art. Il pourrait alors dégainer son sabre et le placer bien haut au dessus de sa tête en gardant les yeux mi-clos. Lors du cri de son adversaire signifiant l'exécution de son attaque, il devait alors abaisser son arme le plus rapidement possible afin de tenter de blesser son adversaire lorsque celui-ci lui porterait le coup fatal...

Armé de sa détermination et des conseils du maître d'armes, l'homme de thé se présenta à son funeste rendez-vous. Voyant son adversaire s'avancer, il s'inclina profondément et se recueillit. Il ferma à demi les yeux et dégaina son arme comme le lui avait montré son maître puis il attendit, impassible, le cri de son adversaire lui indiquant quand baisser sa lame et quand mourir dignement. L'attente fut longue, trop longue. Le poids de l'arme commençait à faire trembler ses bras lorsqu'il rouvrit les yeux. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il aperçut le ronin s'éloignant sous la risée des badauds. Celui-ci s'était vite rendu compte que son adversaire était plus coriace qu'il l'avait d'abord cru. Aucune de ses feintes ou tentatives d'intimidation n'avaient perturbé la concentration de celui-ci, révélant ainsi une maîtrise du sabre dépassant fortement la sienne. Vaincu, il ne put que sauver sa peau tout en laissant son honneur derrière lui.