L'industrie du thé au Japon

14 novembre 2019
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Depuis l’époque féodale des samurais et des geishas jusqu’à l’hyper modernisation des métropoles d’aujourd’hui, le Japon a certainement beaucoup changé. Et comme le reste du pays, l’industrie du thé évolue elle aussi. Depuis 15 ans, nos voyages au pays du soleil levant nous permettent d’assister à cette transformation. Dans cet article, nous dressons un court portrait de l’industrie du thé japonais, depuis ses débuts jusqu’aux plus récents changements.


L'industrie du thé au Japon: premiers développements

Le thé fait son apparition au Japon au courant du 8e siècle alors que les moines bouddhistes envoyés en Chine pour apprentissage introduisent sa consommation dans les monastères du pays. Les premières graines de Camellia Sinensis, par contre, attendront le tournant du 9e siècle avant d’être ramenées de Chine puis mises en terre pour créer le premier jardin de thé japonais dans la préfecture de Saga, sur l’île de Kyushu. À cette époque et pendant les quatre siècles qui suivent, le thé sert de support aux moines dans leur méditation et reste une boisson marginalement consommée. Ce n’est qu’au 13e siècle qu’un moine nommé Eisai lance une première vague de popularisation en introduisant une nouvelle forme de préparation du thé : les feuilles broyées sont réduites en poudre et battues dans un bol à l’aide d’un fouet en bambou. Ce rituel de préparation sera perfectionné jusqu’à donner naissance à la cérémonie du thé, un art spirituel qu’on observe encore aujourd’hui dans la culture japonaise.

La politique d’isolement du Japon entre en vigueur à cette époque et dure jusqu’à l’arrivée du Commodore Perry en 1853. L’événement marque l’entrée du pays dans le commerce international. Le Japon connaît un succès modeste sur la grande scène des échanges avec son thé vert en feuilles (nommé Sencha) alors que le thé en poudre (nommé Matcha) reste consommé à l’interne dans le cadre des cérémonies de thé. Inspiré par la Chine, l’Inde et le Sri Lanka qui dominent le commerce international, le Japon tente également de se lancer dans la production de thé noir. Malheureusement, les coûts de main-d’œuvre et de production l’empêchent de rivaliser avec les colonies anglaises et l’entreprise demeure peu fructueuse. Dans l’ensemble, le thé japonais reste principalement consommé et vendu à l’interne. Les Japonais ont l’habitude de boire du thé et c’est ce qui garde vivante leur industrie.


L'industrie du thé au Japon: aujourd’hui

Un autre changement important survient dans l’histoire du thé japonais lorsqu’on introduit au pays le café et les boissons prêtes à consommer. À partir de ce point et particulièrement depuis les années 1980, une baisse de consommation du thé en feuilles infusé s’observe à travers l’archipel. Le marché local est en déclin et la production perd rapidement son essor. Gardée vivante par de gros joueurs qui distribuent des boissons prêtes à consommer à travers le pays, l’industrie n’a d’autre choix que de s’adapter. La distribution à grande échelle de thés en bouteille encourage la production de volume standardisé davantage que la production spécialisée. Alors qu’aux débuts de nos importations (au tournant des années 2000) le thé vert japonais tenait une place de choix comme produit spécialisé dans nos menus, il est aujourd’hui en moyenne moins cher que le thé chinois qui, de son côté, connaît une hausse de prix et de statut. La faible demande du marché intérieur japonais pour les thés en feuilles alliée à une avancée rapide dans la transformation mécanisée a permis une stabilisation des prix que n’a pas connue la Chine. Celle-ci doit affronter depuis plusieurs années une augmentation constante des coûts de production en plus d’un marché intérieur en effervescence. Et même si les thés japonais offrent présentement d’excellents rapports qualité-prix pour les commerçants internationaux, il n’en demeure pas moins qu’au Japon, les fermiers sont de moins en moins intéressés par sa culture. Les producteurs vieillissent et la relève est de plus en plus mince. Néanmoins, il reste quelques bastions où les passionnés se relaient pour cultiver des produits hors du commun. Stimulées par ces efforts, plusieurs organisations mettent sur pied des concours pour promouvoir le thé japonais. Et si celui-ci a bonne figure sur la scène mondiale, c’est plutôt grâce à la promotion de ses bienfaits sur la santé que pour la qualité remarquable de sa production.


L'industrie du thé au Japon: Vague de renouveau

Peu encouragés par les Japonais qui montrent encore aujourd’hui un intérêt faible pour le thé, les producteurs se tournent chaque année un peu plus vers la demande du marché extérieur qui, heureusement, semble s’intéresser aux produits spécialisés. On assiste à de nouveaux développements, souvent des microlots qui détonnent franchement du moule de production traditionnel. Non seulement voit-on apparaître de nouveaux cultivars ou renaître d’anciens, les fermiers qui ont de la difficulté à écouler leurs thés verts commencent à travailler différentes méthodes de transformation à partir de leurs récoltes. Thés noirs, thés blancs, thés fermentés, thés wulongs… et bien que rarement très intéressants en soi, il n’en demeure pas moins que d’assister à l’apparition de nouveaux produits sur le marché est excitant.

Autrement, en Occident comme ailleurs, le Matcha est extrêmement en vogue et sa popularité ne cesse d’augmenter depuis la dernière décennie. L’industrie en elle-même entraîne une certaine relève de jeunes cultivateurs intéressés. Autrefois confinée aux régions « spécialisées » (comme Uji et Yame), la production de Matcha s’étend aujourd’hui à l’ensemble du territoire, et même à l’extérieur. Et il y a fort à parier qu’avec la publicité dont il jouit actuellement, les développements ne sont pas prêts de cesser de ce côté-là.

Tout cela, évidemment, reste à suivre et nous sommes très privilégiés d’être aux premières loges pour y assister.

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