Long Jing, légende et réalité du plus fameux thé vert de Chine

1 mai 2020
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Une légende raconte qu’au IVe siècle, au bout de la chaîne de montagnes du Tianmu, où se situe l’actuel village de Long Jing, les habitants trouvèrent une pierre en forme de dragon lors du forage d’un puits. Cette découverte étonna tellement les montagnards qu’ils donnèrent à ce puits le nom de Long Jing, le « puits du Dragon ».

Quelques siècles plus tard, les villageois se cotisèrent pour construire tout près du puits un temple dont la réputation attira de nombreux pèlerins. Cultivé aux alentours pour les besoins des moines, le thé qu’on y servait était très apprécié des visiteurs, qui le baptisèrent du même nom,Long Jing. Les premières plantations remontent donc à la dynastie Tang (618 – 907). Lu Yu, en 786, dans le premier livre consacré au thé, signale son existence et l’appelle « thé du lac de l’Ouest ». Depuis lors, au fil des siècles, le Long Jing a patiemment acquis de la réputation, jusqu’à devenir le thé le plus fameux de Chine.

Un de nos producteurs, M. Tang, issu d’une lignée de producteurs établis dans le village de Long Jing depuis plus de 300 ans, nous a parlé de l’évolution de la demande au cours du XXe siècle:

«Avant 1949, nous produisions notre thé en fonction des commandes des boutiques des environs. La demande n’était pas très forte. Puis, de 1949 à 1979, le village s’est beaucoup développé. Chaque famille, dont la mienne, a reçu un lopin de terre d’environ cinq mu. C’était la période communiste. Tout ce que produisaient les villageois appartenait à l’État. À compter de 1979, l’État s’est retiré et a laissé les familles s’occuper de la production et de la vente de leur thé selon les lois du marché. Mais ce n’est que depuis la fin des années 1990 que la demande de Long Jing a explosé. Les producteurs du village ne suffisent plus à la tâche. Pour exploiter ma terre au maximum, j’ai besoin maintenant de quelques travailleurs saisonniers. Six cueilleuses, qui viennent pour la plupart de l’extérieur du village, et monsieur Min, spécialiste de la dessiccation, m’aident pendant la haute saison. » 



À Long Jing, il est facile de constater à quel point la réputation du village et de son fameux thé attire les amateurs. Pendant la belle saison, des milliers de touristes chinois et étrangers fréquentent chaque jour les monts escarpés de la région. On trouve aussi, dans les environs de ce village enchanteur, des sentiers de promenade, des sources d’eau, et l’on peut boire le thé chez les familles qui le produisent. Pour quatre dollars environ, on a droit à une bonne quantité de feuilles qui seront encore parfumées après plusieurs infusions. 

La popularité de Hangzhou, la ville la plus proche, favorise aussi cet essor touristique. Connaissant la réputation de ce thé légendaire, les amateurs de passage cherchent évidemment à faire des réserves. Pour répondre à cette demande toujours croissante, les artisans cherchent à produire davantage de thé, mais, comme les forêts qui entourent Long Jing font maintenant partie d’un parc national, ils ne peuvent déboiser les montagnes pour augmenter la superficie des plantations. Le gouvernement effectue même de la surveillance par satellite et condamne à des amendes exemplaires les producteurs qui abattent des arbres. Malheureusement, cette situation favorise la contrefaçon. D’importantes récoltes faites à Wuniuzao, une ville du sud du Zhejiang, sont envoyées à Long Jing pour y être transformées et vendues comme s’il s’agissait de thé Long Jing d’origine. Les imitations provenant d’autres provinces sont aussi nombreuses. Dans le Sichuan, par exemple, des producteurs de thé vert imitent le style Long Jing et profitent de récoltes plus hâtives pour conquérir une part importante du marché.



Selon M. Tang, un des principaux défis pour le producteur de Long Jing est de maintenir des prix raisonnables. Chose qui, d’après lui, sera de plus en plus difficile à faire. Le prix du Long Jing, déjà plus cher que la plupart des autres thés, ne cesse d’augmenter, et le salaire des travailleurs a doublé ces dernières années. Pour éviter une hausse considérable des coûts de production, M. Tang a acquis récemment de nouvelles machines conçues pour faire une première dessiccation, ce qui permet de réduire le temps de transformation.

Toutefois, les meilleurs Long Jing sont complètement transformés manuellement. Pour effectuer ce travail délicat, M. Tang fait confiance à M. Min depuis plusieurs années. 

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