Thés sombres pour neige blanche

31 mars 2014
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Tout amateur de thé en vient un jour à explorer la fascinante famille des thés vieillis. Si on les boit aisément à l’année, certains ressentent intuitivement un profond besoin de redécouvrir leurs saveurs rustiques en cette délicieuse saison de recueillement qu’est l’hiver, surtout lorsqu’elle se prolonge inespérément jusqu'au printemps!

Profitez donc de la chaleur et du calme d’un chalet chauffé au bois ou d’une soirée festive pour vous imprégner d’un de ces millésimes soigneusement affinés par le temps. Qu’ils soient jeunes ou âgés, lentement vieillis ou ayant subis une fermentation forcée, les Pu Er et autres thés sombres vous offrent une richesse de textures et d’arômes insoupçonnés.

Historiquement développés pour la consommation courante, les Pu Er shou, avec leur maturation rapide, déploient des liqueurs rondes et terreuses, très peu tanniques ou amères, nuancées d’accents de cuir et de sous-bois. Idéals pour accompagner un repas avec leur vertu digestive, ils sont aussi appréciés à jeun pour leur douceur. Les plus âgés dévoileront leur sagesse en profondeur sous les traits de l’équilibre et d’une présence en bouche plus soutenue.

Pour bien comprendre l’esthétique des thés vieillis, goûter le Pu Er sheng très jeune est une expérience essentielle et très intéressante. On se rend alors compte que le thé qui est produit et bu dans le Yunnan, aussi appelé maocha, est un produit brut assez voisin du thé vert dans son profil de goût. Sa puissance tannique et minérale s’allie à des notes végétales, florales et fruitées d’une persistance étonnante, énormément appréciée des collectionneurs et garante d’un excellent potentiel de bonification.

L’intrigante transformation, qui s’effectue suivant le passage des ans au cœur de ces thés soigneusement compressés, dévoile des liqueurs de plus en plus souples et harmonieuses aux arômes d’écorces, d’épices et éventuellement de lichen ou de racines. Les vieux Pu Er sheng, reconnus pour leur après-goût rafraîchissant et exquis, sont aussi savourés pour l’effet de bien-être qu’ils procurent. Un joli prétexte pour se doter d’une galette et suivre patiemment son évolution sur quelques décennies.

D’autres thés ont su bénéficier de la popularité croissante des thés vieillis et de leurs bienfaits, et malgré qu’ils ne soient pas originaires du Yunnan et n’aient donc pas l’appellation Pu Er, ils offrent tout de même des expériences gustatives enivrantes et réconfortantes. Que ce soient les vénérables petites feuilles du Liu An de la province du Guangdong, aux saveurs minérales et terreuses, ou bien celles plus matures des Liu Bao du Guangxi, réputées pour engendrer des liqueurs légères, sucrées et boisées, chaque terroir possède son savoir-faire et son caractère particulier rendant leur découverte alléchante!

Certains ont marqué l’histoire tels que le Fuzhuan ou le Baboo respectivement destinés aux marchés mongol et tibétain, et savamment intégrés à leurs diètes riches et carnées. D’autres sont demeurés l’apanage de minorités ethniques et concoctés spécialement pour leurs fêtes et célébrations tels que l’unique et intense thé acide des Bulang!

Qui sait où ce voyage de terroirs et de saveurs nous conduit une fois amorcé, mais on peut être sûr que chacun de ces thés est comme une force de la nature qu’il faut apprendre à dompter pour en apprécier toute la splendeur!