Vietnam : Le thé au féminin

5 mars 2019
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Dans l’univers du thé, si les femmes sont nombreuses à participer à la cueillette, elles se consacrent moins aux tâches liées à la production, la plupart du temps réservées aux hommes. Cela dit, ce n’est pas le cas partout : dans la région de Thai Nguyen, au Vietnam, une majorité de femmes se chargent de toutes les étapes de la production du thé, de la plantation à la vente.

Selon la très active et très inspirante Mme Hiep, 67 ans, la place prépondérante des femmes dans sa coopérative reflète la réalité du Vietnam, où les femmes occupent 80 % des postes dans le domaine du thé. Sur les 37 membres que compte cette petite entreprise, il n’y a que cinq hommes. Ensemble, en partageant les tâches et les équipements, hommes et femmes produisent principalement du thé vert aux grandes feuilles torsadées destiné à la population locale.

Malgré la qualité des thés produits à Thai Nguyen, région la plus renommée du Vietnam, le marché est plutôt saturé. Plusieurs producteurs doivent restreindre leur production pour éviter les surplus. En cherchant une façon de développer ce marché tourné essentiellement vers des thés du quotidien, certains artisans ont tenté de produire des thés aux petites feuilles, de meilleure qualité. Mais, comme ils trouvent rarement preneur, ils reviennent à leur production régulière.

Cette réalité du marché, qui est aussi celle de plusieurs autres régions productrices, force donc certains producteurs à explorer d’autres voies. À la coopérative Tan Huong, on cherche depuis quelques années à diversifier les produits en fabriquant du Wulong. Sur le marché international, le Wulong peut être vendu jusqu’à quatre fois plus cher que le thé ordinaire, et la demande est en croissance. Si la coopérative réussissait à introduire ce nouveau thé dans le marché international, les conséquences en seraient assurément positives.

Dans cette optique, les femmes de Tan Huong ont planté, dès 1997, des cultivars servant à la production de cette famille de thé. Mais, sans expertise ni équipements pour transformer ces feuilles, elles n’ont pas encore réussi à en faire une production satisfaisante. Pour remédier à ce problème, la coopérative s’est associée dernièrement à M. Xu, un spécialiste taiwanais, afin de mieux connaître le processus de transformation des Wulong et les nombreux paramètres à respecter pour obtenir un thé de qualité.

D’après Mme Hiep, les récents progrès sont très encourageants, mais, avant de conquérir le marché extérieur, la coopérative devra relever de nombreux défis organisationnels quant au transport, aux transactions financières et au contrôle de la qualité. Quoi qu’il en soit, avec l’aide de M. Xu, la persévérance des membres et l’appui de nouvelles générations prêtes à prendre la relève, l’avenir de la coopérative Tan Huong semble prometteur.