Wulong de Chine (2ème partie): les Dan Cong des monts Feng Huang

30 janvier 2010
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La province du Guangdong recèle une tradition du thé bien à elle. Même si certaines de ses collines peuvent produire d'autres types de thé, la spécialité de cette région côtière du sud-est de la Chine est sans contredit celle des wulong. Et comme nous le savons bien, même au sein d'une même famille de thé plusieurs variantes sont possibles, surtout dans le cas des wulong. Cultivés sur les flancs de la chaîne montagneuse du phénix (Feng Huang), des théiers arborescents bien spéciaux, certains âgés de près de 900 ans, produisent des thés d'une complexité surprenante. C'est par le bagage génétique des théiers s'y trouvant et de leur mode de culture basé sur un savoir ancestral, du type de récolte de leur feuilles et enfin de la transformation de ces dernières nécessitant une maitrise bien particulière, que les thés wulong Dan Cong se révèlent aussi différents des autres membres des thés semi-oxydés.

Pour comprendre cette sous-famille de thé, un peu de notion de botanique sera nécessaire: Il y a encore de cela de nombreuses décennies, les théiers étaient uniquement reproduits par graine. Le Camellia sinensis ayant la capacité de muter très facilement, chaque théier avait son bagage génétique propre, plus ou moins différent de celui de ses parents, le goût et les arômes qu'offraient leurs feuilles variant donc à des nuances parfois étonnantes d'individu en individu. Dans les Feng Huang, certains théiers aux qualités gustatives particulièrement intéressantes furent bichonnés et même personnifiés, parfois en les nommant par des termes quelque peu loufoques. Précieux, ces théiers uniques traversèrent les siècles jusqu'à aujourd'hui où ils sont maintenant presque vénérés par les producteurs et amateurs, chacun ne donnant rarement plus qu'un kilo et demi de thé par année. Dan Cong signifie "théier unique" car, comme chacun de ces théiers révèlera des flaveurs  lui étant propre, les récoltes se feront sur chaque individu sans être mélangées avec celles de leurs voisins.

Avec le monde moderne et sa demande de productivité plus élevée, le mode de reproduction passa de la graine à la bouture. En faisant s'enraciner en pépinière un bout de rameau prélevé sur un plant-mère puis en le transplantant sur les versants montagneux aux conditions de culture idéales, ces théiers anciens furent ainsi clonés afin de les multiplier en nombre et de préserver leurs qualités aromatiques avec une constance assurée. Si certains de ces théiers de deuxième génération sont maintenant âgés de quelques dizaines d'années et sont devenus des Dan Cong où leur récolte sera réservée individuellement, la plupart des cultures de plus grande échelle se fera à partir des récoltes confondues prélevées sur des théiers relativement jeunes et identiques par leur clonage. Il n'en demeure pas moins que ces thés trop souvent méconnus sont, d'une manière ou d'une autre, des thés d'une qualité aromatique hors du commun.

Portant des noms tels que Mi Lan Xiang (parfum d'orchidée mielleuse), Qi Lan Xiang (parfum de d'orchidée rare), Huang Zhi Xiang (parfum de gardénia) ou Zhi Lan Xiang (parfum d'iris), ces thés sont classés par le type d'arômes qu'ils offrent à l'infusion. Des dizaines de nuances sont possibles, toujours passant de la fleur au fruit exotique, du beurre au miel, habituellement d'une liqueur ample et sophistiquée, à la texture grasse mais rafraîchissante. Haute en relief aromatique, leur infusion appelle à l'éveil des sens et à l'épanouissement, tel un bon parfum répondant chimiquement à merveille à notre peau.

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